Il s’y mêlait de la douleur et de l’effroi : de la douleur à la pensée de ses compagnons de captivité et de fuite, de l’effroi devant la perspective du sort qui l’attendait.
Ce sentiment cruel le tortura pendant une inappréciable durée. Mais, lentement, un apaisement se fit. Il se rassura progressivement.
S’il était au pouvoir des Anglais et qu’on lui voulût du mal, on n’aurait pas pris soin de le recueillir avec tant de précautions, de l’entourer d’autant de vigilance. On l’eût probablement jeté à fond de cale comme une marchandise avariée, en attendant qu’on le lançât par-dessus bord, avec un boulet aux pieds, ainsi qu’il l’avait vu faire sur la Bretagne aux passagers morts.
Ces réflexions lui parurent suffisamment concluantes pour calmer ses appréhensions, et il attendit avec plus de confiance les événements.
Si longues, si compliquées qu’elles eussent été, elles avaient duré fort peu de temps, et il n’y avait pas un quart d’heure qu’il s’était éveillé de son pesant sommeil, lorsqu’une voix qu’il connaissait bien le fit tressaillir.
« Eh bien, petit Will, disait cette voix, ça va-t-il mieux ?
— Monsieur de Clavaillan ! s’écria-t-il avec un accent de joie profonde.
— Allons ! je vois que ça ne va pas trop mal, répliqua Jacques, et que mes craintes à ton sujet étaient vaines. Car j’en ai eu de vives, tu sais ?
— Et moi aussi, dit naïvement l’enfant. J’ai eu grand’peur.
— Peur de quoi ? questionna l’interlocuteur en souriant.