— J’ai mis du temps à reconnaître que j’étais vivant et que je ne me trouvais plus sur notre pauvre chaloupe. J’ai même pleuré en pensant à vous et à Evel et Piarrille. J’ai cru que vous étiez morts tous les trois, puisque je ne vous voyais pas et que j’avais été pris par les Anglais. Est-ce que Piarrille et Evel sont vivants comme vous ?
— Oui, grâce à Dieu, mon garçon. A dire le vrai, Evel n’est pas très valide et il est comme toi couché dans un hamac.
— Mais, moi, c’est fini, monsieur de Clavaillan, c’est fini. Je ne suis plus malade.
— Alors, tu voudrais te lever, je parie. Je ne sais si je dois te le permettre.
— Oh ! permettez-le-moi ! Laissez-moi aller avec vous voir Evel, dites !
— Bon ! je te le permets. Mais ce n’est pas moi qui commande ici. Il faut d’abord que je te présente au commandant. Tu en seras content, d’ailleurs.
— Au commandant ! Alors, ce ne sont pas des Anglais, comme je l’ai craint ! »
Jacques éclata de rire et ce rire sonna bruyamment dans la batterie.
« Des Anglais ! Ah ! non, pour le coup, ce ne sont pas des Anglais, et je t’assure même que personne ne déteste plus les Anglais que le commandant. »
Tout en causant, il avait fait passer à l’enfant des vêtements de toile que Guillaume revêtit avec un empressement plein d’allégresse. Grand et fort pour son âge, le gamin eut tout de suite l’allure et les dehors du plus crâne mousse qui eût jamais grimpé à la pomme du grand mât.