— D’où je vous connais ? Mais du jour où nous vous avons rencontré en mer, et où mon pauvre père vous a soigné. Est-ce que vous l’avez oublié ? Même que vous aviez promis à papa de faire de moi un bon matelot. »
Tandis que Surcouf, recouvrant la mémoire, souriait affectueusement, Jacques de Clavaillan intervint pour confirmer les paroles de Will.
« Ce gamin est le fils du docteur Ternant, passager du navire la Bretagne, qui vous pansa, il y a trois ou quatre ans, et fut pris par les Anglais. C’est de sa veuve et de ses enfants que vous m’avez donné la mission de m’occuper.
— Oui, oui, je me souviens très bien, Clavaillan, et je suis bien aise que vous ayez réussi dans vos démarches. Comment avez-vous laissé cette pauvre Mme Ternant ? Elle avait un autre enfant, si je ne me trompe, une belle petite fille, ma foi ? Qu’est-elle devenue ?
— Elle est auprès de sa mère, à Ootacamund, dans les Nielgherries, et promet d’être aussi belle que sa mère. Je me suis engagé à la prendre pour femme quand elle sera grande, si Dieu me prête vie. »
A ces paroles le cœur de Will se gonfla et le souvenir de sa mère et de sa sœur fit monter des larmes dans ses yeux.
Le corsaire parut touché de cette preuve de sensibilité. Il mit amicalement sa main sur la tête du garçonnet et lui dit doucement :
« Bien, ça, petit. Je vois que tu as bon cœur. Tu aimes bien ta famille. Mais apprends ceci : on ne pleure pas dans notre métier. Un marin a la peau des joues trop tannée pour les mouiller d’autre chose que d’eau salée. Tâche de devenir vite un homme pour aller délivrer ta mère.
— Oui, commandant, répliqua Will, qui essuya vivement ses paupières du revers de sa main nerveuse et comprima les hoquets de sa gorge.
— Clavaillan, ajouta Surcouf, puisque vous voilà avec nous, je vais vous confier le soin de prendre le commandement de la Liberté, dès que nous serons à la Réunion. Vous pourrez garder ce moussaillon dans votre équipage, et aussi les deux hommes que vous avez ramenés. »