Il congédia sur ces mots son lieutenant et Guillaume, et alla reprendre sa place sur son banc de quart, afin de presser la manœuvre.

« Tu vas venir déjeuner avec moi, petit, dit alors le marquis. Présentement, nous ne figurons ici qu’à titre de passagers. Nous serons en terre française sous trois jours, et là tu entreras au service pour tout de bon. En attendant, Ustaritz et moi, Evel quand il sera debout, nous continuerons les bonnes leçons de Madras. Tu pourras grimper aux haubans tout à ton aise et achever l’apprentissage que tu as si rudement commencé à bord de la chaloupe. »

Will descendit de nouveau dans la batterie, afin d’embrasser le pauvre Evel.

Il trouva le Breton très affaibli. Par bonheur, la congestion cérébrale, due à l’action des rayons solaires, avait pu être détournée. Evel avait repris ses sens, et, bien qu’il souffrît beaucoup de la tête, avait retrouvé l’usage de la parole.

Il voulut raconter à l’enfant les péripéties de leur sauvetage. Mais Jacques de Clavaillan s’y opposa et fit observer rigoureusement les mesures de précaution imposées par la pratique de cette zone redoutable.

Un repos absolu pouvait seul assurer le prompt et complet rétablissement du malade.

Mais le silence était imposé à Evel, il ne l’était pas à son compagnon.

Le Basque put donc se dérouiller la langue et raconter à Guillaume, avec un grand luxe de détails, l’événement miraculeux qui les avait arrachés à la mort.

Il le fit avec cette faconde joyeuse que l’homme du Midi ne perd jamais.

« Cric ! dit-il pour commencer, selon le formulaire obligé des matelots.