Non loin, la nouvelle route reprend. Depuis quelques kilomètres je l'apercevais sur notre gauche, mais inachevée, impraticable encore, et ce qui m'avait le plus chagriné, c'est que pendant nos errements dans les lits des rios, j'avais entrevu un instant un magnifique pont en construction qui lui est destiné. Enfin ce pont et cette route, bientôt achevés, éviteront aux automobilistes qui passeront dans quelque temps la désagréable traversée des sources de la Guadiana Menor!

Désormais en bonne route, nous atteignons rapidement Baza, l'étape: il est une heure du matin.

Baza est une petite ville d'environ dix mille habitants; le choix du gîte sera vite fait, il n'y a qu'une auberge: la fonda Granadina. Voilà enfin une véritable auberge andalouse, sale, simple, rudimentaire, où l'on mange mal et où l'on dort encore moins bien. On nous coucha dans des chambres où pendant une bonne partie de la nuit se livra une bataille acharnée entre les membres de notre caravane, d'une part, et d'autre part les puces de l'hôtel que nous prétendions déloger. La victoire, longtemps disputée, resta finalement entre les... pattes des puces.

Ah! j'allais oublier de parler de la remise qu'on mit à notre disposition pour loger l'auto; elle était vaste, la porte en était haute et large, mais au milieu de l'ouverture il y avait une pierre, scellée dans le sol, haute de plus de 30 centimètres, l'auto dut passer la nuit dehors, devant la porte de sa remise!

Je me souviendrai longtemps de Baza[ [16].

Mardi, 20 août.

Notre sommeil avait été rudimentaire, notre déjeuner de midi tout aussi rudimentaire. Les puces avaient fait court le premier, le second était immangeable. On nous servit une tortilla (omelette) aux champignons, qui était certainement très proche parente des omelettes emplumées de don Quichotte, et une viande assez semblable à celle que j'avais vu pétrir lentement par les lions du jardin zoologique de Barcelone.

Nous avons quitté sans regrets cet inhospitalier pays, à 3 heures du soir.

Dès la sortie de Baza la route s'élève vivement au flanc d'une montagne calcaire totalement aride. La vue embrasse la petite ville noyée dans son oasis au milieu d'une plaine désolée. Puis on atteint les hauts plateaux sur lesquels on roule longuement; ces régions élevées sont aussi arides que la plaine d'où nous avons surgi. La route se poursuit, assez bonne, en ligne généralement droite, faisant seulement de temps en temps de longs crochets pour descendre dans d'étroites vallées où se réfugie la seule végétation de ces lieux. A peu près pas de maisons, sauf dans la roche quelques cavernes habitées par des gitanos.

On descend enfin dans la large vallée où coule le rio Guadix. Le paysage change brusquement d'aspect, d'aride et jaune il devient verdoyant et cultivé, de désert il se fait habité.