C'est d'abord la Cour des Myrtes avec son immense bassin pour le bain des odalisques: les odalisques devaient obligatoirement savoir nager, car le bassin a 4 mètres de profondeur. L'eau verte chatoie dans le marbre et les myrtes qui l'entourent verdissent encore l'eau de leurs reflets. C'est la célèbre Cour des Lions avec son entourage de fluettes colonnettes de marbre; au milieu, la Fontaine des Lions produit un effet bizarre. Je trouve que ces lions ressemblent un peu trop à des chiens: ce sont des sculptures d'origine phénicienne qui furent trouvées par les Arabes dans des fouilles et adaptées par eux telles quelles à leur fontaine.
Autour de ces cours, des arcs arabes, finement ciselés, travaillés avec une quantité de détails et de minuties qui tiennent du prodige, à jour comme de la dentelle, donnent accès en des salles de féerie.
La Salle des Abencérages, la Salle de la Justice, la Salle des Ambassadeurs, dans la grosse Tour de Comares, la Salle des Deux-Sœurs, les différentes salles des bains, l'ancienne mosquée, la Salle de los Mocarabes, le Mirador de la Favorite avec ses trois délicieuses fenêtres d'où l'on a une si admirable vue sur Grenade, tout en bas, le Boudoir de la Reine,... tout cela est d'un palais de fées.
ALHAMBRA DE GRENADE, COUR DES MYRTES
Ciselures de stuc et de marbre, fines arabesques, mosaïques aux tons d'émail inimitables, porcelaines vernies aux chaudes nuances fondues, bois sculptés et incrustés de nacre, plafonds travaillés en microscopiques détails, alvéoles, pendentifs, plâtres ajourés et brodés à l'infini, couleurs vives qui semblent peintes d'hier, bleu, rouge, or, tout ce que la riche imagination arabe a pu produire dans les contes des Mille et Une Nuits se trouve reproduit là en une réalité qui tient du songe.
On croirait visiter un musée d'orfèvrerie.
L'Alhambra est un palais de dentelles... une fête de la dentelle dans le ciel!
C'est le summum de la civilisation arabe, non pas la civilisation forte et vigoureuse de la conquête, mais le génie sensuel, recherché et brillant de l'apogée qui précède la décadence; c'est l'expression du dernier éclat, toujours plus vif, d'un peuple qui va déchoir.