Ce n'est plus la ville d'autrefois morte aujourd'hui, comme Cordoue, c'est à la fois la cité de jadis et la ville du présent, c'est la ville maure qui a résisté au dissolvant catholique et qui, pleine de vigueur, a su rester capitale.
C'est à Séville que les traditions et les costumes nationaux se sont le mieux conservés. Ici est le foyer de la tauromachie: Séville a même créé une école de Toreros. Nulle part en Espagne plus qu'à Séville on n'a le goût du clinquant et du geste matamore; mieux qu'en tout autre endroit, on a ici le spectacle de la véritable Espagne flamenco.
Le mot flamenco a voulu désigner tout ce que le caractère espagnol a récolté de bizarre dans le mariage du sang goth avec le sang maure. Flamenco, c'est la frénésie du peuple, c'est la passion du clinquant, du cri, de la bestialité; c'est la folie espagnole. Flamenco sont les courses de taureaux, les danses populaires, les déhanchements obscènes aux castagnettes et aux tambourins; flamenco les combats de coqs, la vantardise et les fanfaronnades, et les danses des gitanas, et les œillades des cigarières, et les effets de torse des toreros, tout cela est flamenco!
Cette disposition particulière de caractère est générale chez l'Espagnol, mais elle est portée à son degré le plus élevé chez l'Andalou. Ce dernier forme le peuple le plus pittoresque qui se puisse voir, mais de loin surtout; de près, c'est une population sale, fainéante et désagréable, dont on a vite assez.
Les Andalous ont un aspect et une démarche caractéristiques. Tous sous le sombrero national, leur maigreur, leur ventre rentrant et leurs fesses jetées en arrière, leur figure entièrement rasée, en font la copie exacte des toreadors que nous avons tous vus en France aux courses de taureaux..., c'est qu'aussi la majorité des toreros sont Andalous.
Les Sévillannes sont généralement petites et vives; grands yeux noirs qu'elles ne tiennent pas dans leurs poches; petits pieds, corps souple, démarche onduleuse; beaucoup de brunes, elles portent leurs cheveux collés aux tempes. Celles qui n'ont pas encore arboré le chapeau circulent en cheveux avec la mantille ou bien seulement un œillet rouge ou un ruban de couleur vive au milieu du front ou sur la tempe. Elles sortent surtout le soir, après les heures brûlantes; dans la journée elles restent paresseusement dans le délicieux patio que possède toute maison d'Andalousie.
Le patio est le centre de la vie dans ces pays chauds. C'est une cour ménagée au milieu de la maison; dallée de marbre, entourée de colonnes supportant une galerie vitrée qui longe le premier étage, elle communique avec toutes les pièces du rez-de-chaussée. Un velarium protège le patio des rayons du soleil, un jet d'eau coulant dans une vasque centrale le rafraîchit, des plantes exotiques l'égayent. Un couloir le fait communiquer avec la rue où une grille à jour, souvent de très belle serrurerie, n'empêche pas les regards des passants de pénétrer dans ce frais intérieur. C'est une cour qui est surtout un appartement, un appartement commun où l'on se tient la plus grande partie du temps.
L'origine de Séville est ancienne. Ville ibère, puis romaine, elle devrait, d'après la légende, son nom actuel au souvenir d'une aventure arrivée à Jules César. Quittant l'antique Hispalis (nom primitif de Séville) pour se rendre à Rome, César trouva au sortir de la ville une vieille femme en haillons qui l'arrêta et qui, se disant sybille, l'adjura à grands cris de ne pas aller dans la ville éternelle où l'attendait le poignard de l'assassin. Jules César passa outre, mais quand il fut tombé sous les coups de Brutus, on se souvint de la prophétie et l'on donna à la ville le nom de Civitas Sibillæ, ville de la Sybille, d'où serait venu Séville.
Séville fut conquise par les Maures en 712; elle participa en première ligne à leur brillante civilisation et fut même quelque temps capitale de l'Espagne arabe, après le démembrement du califat de Cordoue. Elle retomba au pouvoir des catholiques en l'an 1248, mais des événements heureux la préservèrent de la ruine qui s'était appesantie sur la plupart des cités arabes après la reconquête. Elle fut assez longtemps résidence de la cour qui y entretint ainsi un mouvement et un commerce qui lui furent profitables. Enfin la découverte de l'Amérique amena d'immenses richesses dans son port qui pour longtemps fut l'un des plus florissants de l'Europe.
Comme Grenade a son Alhambra et Cordoue sa Mosquée, Séville a son Alcazar.