Puerto-Real, autre ville, autre port de la baie dont les habitants prétendent à une noblesse encore plus ancienne que celle de Puerto de Santa-Maria. Les Romains l'appelaient le Portus Gaditanus. Malgré leur antique descendance, les gens de cette ville entretiennent déplorablement le pavage de leurs rues, ou bien est-ce respect des œuvres ancestrales et laissent-ils subsister religieusement les travaux des Grecs et des Romains sans vouloir y toucher? Franchement le pavé de ce pueblo n'a pas dû être refait depuis de longues années avant Jésus-Christ! Il y a des trous où un enfant se tiendrait caché, l'auto saute dedans pendant que geignent les ressorts et que soupirent les pneus.

Après Puerto-Real la route devient mauvaise. Cliché habituel: trous et poussière.

En mer les lumières de Cadix scintillent toujours. Elles semblent fuir; nous nous en éloignons en effet; tant que nous n'aurons pas atteint et contourné le fond de la baie, nous tournerons le dos à notre but.

Enfin voici la bifurcation de la route qui continue sur Algésiras; brusquement nous revenons à droite, nous passons au milieu de marais salants aux émanations violentes et caractéristiques, traversons un pont et quelques vieilles fortifications qui défendaient jadis l'Isla de Leon dans laquelle nous sommes maintenant et voilà les lumières d'une nouvelle ville.

C'est San-Fernando qui continue la série des ports de la baie. Ville de près de 30 000 habitants, animée et bruyante et comme ses sœurs très brillamment éclairée.

Puis nous roulons sur l'étroite jetée qui relie Cadix à la terre ferme. C'est une digue de près de 15 kilomètres de long, battue des deux côtés par les flots de l'Océan, et qui s'avance dans l'eau, hardiment, jusqu'à la petite île sur laquelle trône Cadix. L'Océan gronde autour de nous, ses vagues qui se heurtent dans la nuit rejaillissent jusque sur la route. De temps en temps la blancheur de quelques flots écumeux apparaît dans les ténèbres. Le vent du large souffle par rafales humides. Nous avançons tout doucement sur un sol horriblement défoncé, vers la ville de l'Océan qui brille devant nous.

A notre arrivée Cadix a l'air en fête comme toutes les villes espagnoles du sud; dès la nuit venue, fête perpétuelle, fête de la fraîcheur, de l'air pur et de la nuit!

Il faut circuler dans un dédale interminable de minuscules rues dans lesquelles deux voitures ne pourraient passer de front, que dis-je, une seule voiture, la nôtre, passe difficilement et l'on est obligé de prendre toutes sortes de précautions pour ne pas frotter les garde-boue aux murailles.

On arrive cependant sur la plaza de la Constitucion, assez large et ombragée, au milieu de laquelle se trouve l'Hôtel de Cadix qui a eu l'honneur de réunir tous nos suffrages[ [24].

Cet hôtel est simple, mais très bon et nullement andalou quant au service. Le patron et son personnel sont d'une complaisance à laquelle nous n'étions plus habitués et qui nous surprend agréablement.