Irun, puis la petite rivière de la Bidassoa qui marque la frontière entre l'Espagne et la France. On longe un instant ses bords de verdure et l'on passe à côté de la fameuse petite île historique des Faisans, au milieu de laquelle un monument commémore tant de cérémonies importantes des relations franco-espagnoles[ [39].

Béhobie est le village frontière: douane espagnole. C'est là que je fus encore une fois longuement pétri entre les mains calleuses de l'administration rapace et que j'eus la douleur de me voir retenir le montant des droits sur l'un de mes bandages de rechange qui, mort en cours de route, avait reçu sa sépulture en terre espagnole et dont il m'aurait fallu traîner le cadavre après moi pour avoir droit au remboursement.

Nous franchîmes le pont international sur la Bidassoa au bout duquel la silhouette connue d'un gendarme français nous annonça la patrie retrouvée, puis la douane française, et nous roulions sur le sol de France.

Saint-Jean-de-Luz, au fond d'une jolie baie, nous a paru être une ville gaie et agréable. C'est un lieu de séjour où l'on a une vue splendide sur l'Océan.

Les habitants de cette région ont un œil vif, une démarche hardie, un air fier qui font plaisir à voir; ils ont une grande ressemblance avec les Espagnols des provinces que nous avons traversées ce matin, leurs frères de race, basques comme eux.

Après Bidart nous avons laissé à droite la grand'route de Bayonne car nous voulions voir Biarritz, située tout près sur la côte.

Biarritz est la grande plage à la mode, la rivale française de Saint-Sébastien. La plage espagnole doit sa vogue à la faveur royale, Biarritz est née de la prédilection de la cour française sous le second Empire. C'est ici une grande baie ouverte, une large plage aux vagues sans cesse renaissantes, la vue libre sur l'immensité.

Nous voulions coucher ici, mais l'affluence y étant encore plus grande qu'à Saint-Sébastien, il nous fut absolument impossible de trouver le moindre gîte. Nous parcourûmes longtemps les rues animées et la grande plage où s'ébattaient snobs et désœuvrés et lorsque nous nous remîmes en route, je n'eus pas un regret pour cette cité qui a poussé à la manière des champignons sous les effluves humides des embruns, mais où du moins les plâtras des hôtels, placés sur un rivage quelconque, n'ont pas eu le tort de déshonorer un chef-d'œuvre de la nature comme pour la plage espagnole.

Bayonne est tout près. Nous y arrivâmes à 7 heures du soir et descendîmes au Grand Hôtel, qui mérite tout au plus l'étiquette passable[ [40].

Cette ville est l'ancienne capitale des Basques. C'est un gentil petit port assis au bord de l'Adour, qui coule large et profond, à quelques kilomètres de son embouchure. Son site charmant, ses vieilles maisons, ses petites rues et son air espagnol la rendent très intéressante.