Les Basques sont un peuple curieux et énigmatique. Ce sont les descendants, conservés à peu près sans mélange, des habitants préhistoriques de l'Ibérie; leur origine est inconnue, leur langue, qui ne ressemble à aucune de celles qui se parlent en Europe, fait encore le désespoir des savants qui ne savent à quelle souche la rattacher. Ils se trouvent actuellement réunis dans un espace assez étroit, à cheval sur la frontière franco-espagnole et disséminés en France dans l'ancienne province de Navarre, en Espagne, dans les provinces de Guipuzcoa, de Navarre, d'Alava et de Viscaye. Dans leur langue bizarre, tellement bizarre que certains philologues y ont trouvé des ressemblances grammaticales avec le chinois, ils se dénomment euskaldunac, qui se traduit en français par gens adroits. Et en effet, à les voir proprement habillés de leur costume rouge et bleu, coquettement coiffés de leur traditionnel béret, petits, maigres, agiles et fiers, on a bien l'impression de gens adroits et courageux qui, tantôt par ruse, tantôt par bravoure et toujours par fierté, ont su se conserver eux-mêmes depuis les temps préhistoriques, dédaignant les mariages avec les autres populations, résistant en leurs inaccessibles montagnes à toutes les tentatives d'assimilation violente. Avec la marche victorieuse de la civilisation, leur petit peuple s'est trouvé noyé dans la masse des deux grands États voisins, ils furent obligés de reconnaître des suzerains, mais ils restèrent eux-mêmes, basques quand même. Une bonne moitié d'entre eux ne voulut supporter le joug et émigra en masse vers les contrées libres de l'Amérique, d'où, qui sait? leurs ancêtres préhistoriques étaient peut-être venus.
Je n'abuserai pas plus longuement de la patience des lecteurs qui ont bien voulu me suivre jusqu'ici. Je les remercie pour l'attention qu'il m'ont prêtée. Si ma longue narration les a fatigués, je réclame humblement leur indulgence.
J'espère cependant qu'ils me sauront quelque gré de leur avoir fait connaître ce qu'on peut voir en Espagne dans un voyage en automobile, que les tableaux que j'ai placés sous leurs yeux ne leur auront pas déplu et que s'ils sont tentés, à mon exemple, de parcourir les routes de l'Ibérie, les renseignements que j'ai réunis dans cet ouvrage pourront leur être de quelque utilité.
Ah! les routes d'Espagne! Quel mal n'en a-t-on pas dit?
Je n'ai pu malheureusement les réhabiliter complètement, car il y a encore beaucoup à faire pour les adapter à la locomotion mécanique, mais j'espère que mon récit pourra,—pour sa faible part,—contribuer à détruire la légende qui les réprésente comme impraticables.
Je crois avoir montré qu'on peut fort bien faire un intéressant voyage en automobile en Espagne... mieux, dans toute l'Espagne, puisque nous en avons parcouru toutes les régions, du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest, sur les côtes de la Méditerranée comme sur les bords de l'Océan, au centre, dans les plaines et sur les montagnes!
Voici le résumé des observations que j'ai faites sur les routes espagnoles telles que je les retrouve sur mes notes de voyage.
Les routes royales d'Espagne sont toujours très larges,—généralement plus larges que celles de France,—et sont entretenues sur toute leur largeur, c'est-à-dire sans banquettes ou bas-côtés. On pourra faire remarquer que le prix du terrain étant moins élevé en Espagne qu'en France, nos voisins n'ont pas fait un sacrifice aussi élevé qu'on pourrait le croire pour ouvrir leurs principales artères; le fait est exact, mais il n'en est pas moins vrai que le coût de construction au kilomètre est d'autant plus élevé que la voie est plus large, et de ce côté l'on ne peut nier que les Espagnols ont fait preuve d'un véritable luxe.
Les travaux d'aménagement ont été conçus et exécutés avec un souci de la perfection et une ampleur de vues qu'on est surpris de rencontrer dans ce pays, si arriéré cependant pour tant de choses.