Après notre peu substanciel repas nous devons donc nous remettre en route, dans la nuit noire, à onze heures du soir.

Mistek est la dernière ville morave, elle est située sur la rive gauche de l'Ostrawitza, c'est la rivière qui marque la frontière; sur l'autre rive commence la Silésie autrichienne.

CHAPITRE II
POLOGNE

SILÉSIE: Teschen.—GALICIE: la Plaine de la Vistule.—Oswiecim.—Les Juifs polonais.—Les polaques d'eau.—Cracovie.—Le Rynek.—La Halle aux draps.—Panna Marja.—Le Burg du Wawel.—L'ancienne Pologne.—Le Panthéon polonais.—Les joyaux de la couronne.—Le duc d'Anjou.—Le Kazimierz.—L'Église des Dominicains.—Restaurant polonais.—L'Université.—La Porte Saint-Florian.—La frontière russe.—Le curé de Modlnica.—Les salines de Wieliczka.—La légende du sel.

Friedek, première ville silésienne de notre itinéraire, est exactement en face de Mistek, sur la rive droite de l'Ostrawitza. Là, pas plus qu'à Mistek, nous ne trouvâmes de la place dans les hôtels bondés d'officiers autrichiens.

Nous n'avions qu'une ressource: pousser jusqu'à Teschen.

Nous arrivâmes dans cette ville[ [24] à minuit passé; fort heureusement les manœuvres ne sévissaient point ici et nous nous étendîmes avec délices dans des lits moelleux que nous offrit l'hôtel Austria.

Teschen est la ville principale de la Silésie autrichienne. Située au croisement des diverses routes qui relient ensemble la Pologne, la Hongrie, la Prusse, la Moravie, la Russie, elle fut au moyen âge, elle était hier encore, le lieu de dépôt, de transit et d'échange des produits de ces différents pays. Avec l'ère des chemins de fer son importance commerciale a quelque peu décru car c'est maintenant à Oderberg, à côté de la frontière prussienne, au bord de l'Oder, que le nœud du transit s'est trouvé reporté.

C'est une coquette petite ville, moitié ancienne avec ses pittoresques vieilles petites maisons, moitié moderne avec ses constructions neuves banalement semblables à celles des autres pays. Elle est étagée sur une colline dominant l'Olsa, aux eaux rousses. Sa rue principale grimpe en pente très raide entre deux rangées de maisons, vieilles, aux faces grimaçantes, mais toutes gaies, comme de vieilles bonnes femmes joviales. Les gens y circulent nombreux: citadins et campagnards, en costumes archaïques, entrent dans ses magasins, dans ses bierhalle, ses weinstube, les attelages descendent en glissant ou montent péniblement.