La Pologne ne vint-elle pas elle-même au secours de Vienne assiégée par les Turcs, et son valeureux roi Jean Sobieski ne contraignit-il pas ceux-ci après une mémorable bataille à lever le siège et à s'enfuir honteusement, sauvant ainsi la capitale de l'Autriche?... Pauvre Pologne! Jadis soldat de l'Europe, depuis asservie, démembrée par ceux-là même que tu protégeas naguère! Cracovie avait envoyé la fleur de sa chevalerie pour sauver Vienne du joug ottoman, Vienne aujourd'hui la courbe sous son joug!
La Pologne fut un Etat immense. Au dix-septième siècle, elle était trois ou quatre fois plus grande que notre France; le territoire de la République comprenait non seulement la Pologne proprement dite[ [35] mais encore une grande partie de la Russie[ [36] et une très grande partie de la Prusse[ [37]. La ruine est venue tout d'un coup pour ce malheureux pays. Son système politique déplorable en fut certainement l'une des principales causes. Un roi impuissant, peu écouté, sans pouvoirs, une noblesse turbulente, orgueilleuse, jalouse, alternativement en rébellion contre les pouvoirs publics ou adonnée aux intrigues les plus passionnées pour obtenir de grasses charges ou de hautes fonctions, un peuple courbé sous le joug du plus dur servage, mais frémissant sans cesse et souvent se révoltant, tel était l'état normal de cette nation dont l'existence fut un long déchirement.
En 1772, la Pologne, déjà beaucoup diminuée, ruinée par une série de guerres funestes et par l'invasion des Suédois et des Russes, ébranlée par ses luttes intestines, n'était plus qu'un squelette vacillant, un fantôme d'Etat anarchique et abattu qui devait appartenir à qui voudrait le prendre. Ils étaient trois: la Russie, la Prusse et l'Autriche, trois larrons, Catherine II, Frédéric II et Marie-Thérèse, qui guettaient cette proie. En trois partages, célèbres à jamais, trois partages successifs effectués en une vingtaine d'années, ces souverains,—que servirent admirablement les circonstances,—purent escamoter au bénéfice de leurs royaumes les immenses territoires de la République.
Le partage de 1772 diminua la Pologne d'un bon tiers, supprima ses frontières, mit ses trois capitales, Varsovie, Cracovie, Vilna, à quelques kilomètres de ses voraces ennemis. En 1793, nouveau partage qui enlève un nouveau tiers à la domination de la République. Enfin, en 1795, troisième et dernier partage... c'était la fin... la Pologne était rayée de la carte du monde!
Le troisième partage donna Cracovie à l'Autriche; elle resta autrichienne jusqu'en 1809, époque à laquelle Napoléon Ier la rattacha au grand-duché de Varsovie, résurrection éphémère de la Pologne, éphémère comme l'épopée napoléonienne! Après la chute de Napoléon, des contestations s'étant élevées entre l'Autriche et la Russie au sujet du partage du grand-duché de Varsovie, on imagina de faire de Cracovie et d'un étroit territoire alentour une espèce d'Etat tampon: Cracovie et son territoire furent alors érigés en république soi-disant indépendante, mais sous le protectorat des trois larrons, toujours les mêmes: Autriche, Prusse, Russie. Mais l'Autriche ne pouvait se consoler de voir l'antique capitale des Polonais échapper à sa domination. A la suite de troubles qu'elle sut habilement fomenter dans la petite république, elle réussit à arracher à ses alliées l'autorisation d'occuper militairement Cracovie. Une fois installée, elle imagina, pour y rester, de susciter de nouveaux troubles; mettant à profit la haine séculaire des paysans polonais contre leurs seigneurs, elle provoqua une émeute qui fit couler des torrents de sang et dont elle portera éternellement le honteux opprobre[ [38]. Et elle y resta: en 1846, sous prétexte de mettre fin aux massacres qu'elle avait provoqués, l'Autriche annexa de nouveau Cracovie et son territoire.
Cracovie est restée autrichienne depuis; elle fait partie de la province de Galicie, dont elle n'est même pas la capitale[ [39]!
On pénètre dans le burg par une porte située juste en face de l'entrée de la cathédrale.
Sur le parvis du sanctuaire catholique des bandes de Juifs demandent l'aumône!