La cathédrale de Cracovie s'élève sur l'emplacement d'une ancienne église romane; elle fut achevée au quatorzième siècle, mais subit depuis plusieurs restaurations et embellissements, aux seizième et dix-huitième siècles. Elle possède une crypte très ancienne, contemporaine de l'église romane disparue.

C'est ici la nécropole des rois, c'est aussi le Panthéon de la Pologne. Là sont enterrés les nombreux souverains qui étaient venus se faire couronner à Cracovie, depuis Wladimir le Bref au quatorzième siècle jusqu'à Auguste II au dix-huitième. Là reposent du sommeil dernier la plupart des Polonais illustres.

Au milieu de la nef, sous un baldaquin, une châsse d'argent contient les reliques du patron de la Pologne, saint Stanislas. Ce saint était évêque de Cracovie, en 1079 il fut tué par le roi Boleslas II le Hardi sur les marches mêmes de l'autel, dans la vieille église romane qui précéda la cathédrale. Cela m'a rappelé le meurtre de saint Jean Népomucène, patron de la Bohême, que le roi Venceslas fit jeter dans la Moldau du haut du pont de Prague. Dans ces temps obscurs, rois et évêques n'étaient pas toujours bien d'accord, mais on voit que leurs querelles étaient promptement tranchées.

Je ne veux fatiguer personne ni remplir l'office de guide par une nomenclature longue et aride des monuments funéraires de la vieille nécropole. Je citerai seulement ceux qui ont retenu le plus notre attention tant par leur valeur artistique que par la célébrité de ceux qu'ils rappellent. J'ai vu un sarcophage du roi Kasimir IV Jagellon dont l'effigie couchée, due au ciseau de Veit Stoss, est frappante de vérité. A l'entrée de l'église on s'arrête devant une plaque tumulaire, en bronze, de Petrus Vischer. J'ai vu encore et admiré le monument du roi Kazimir le Grand, en marbre rouge, sous un baldaquin gothique, ce roi qui fit tant pour la Pologne et qui mérita bien le titre de grand; ce fut lui qui termina la cathédrale et créa l'Université de Cracovie; les monuments du roi Jean-Albert, du roi Sigismond III, du roi Ladislas IV, le mausolée des Sigismond avec trois sarcophages de marbre. Dans le chœur, autre plaque tumulaire de bronze par Petrus Vischer, toujours même facture naïve, un peu hésitante, mais combien gracieuse, pleine d'expression, parlante.

Derrière le maître-autel un monument très simple rappelle la mémoire du roi Jean III Sobieski dont le corps repose dans un caveau de la crypte.

Une porte grillée fait communiquer la cathédrale avec l'ancienne chapelle du château située dans les bâtiments royaux et où le roi venait entendre la messe en un trône de marbre rouge. Cette chapelle renferme le mausolée du roi Etienne Bathory.

Par un escalier étroit, on descend dans le saint des saints: une petite crypte dans laquelle, à part, le pieux patriotisme de ceux qui espèrent toujours a tenu à réunir pour les mieux vénérer les corps des trois plus valeureux Polonais: le roi Jean III Sobieski, vainqueur des Turcs, Joseph Poniatowski, qui, sous notre premier empire, paya de sa bravoure la résurrection éphémère de sa patrie, et Thadée Kosciusko, le héros qui, en 1794, faillit sauver la Pologne.

Enfin, si l'on pénètre dans la sacristie, des servants empressés vous font admirer en détail le fameux Trésor. Ceci est fort curieux. Le Trésor de la cathédrale de Cracovie contient, entre autres choses, les joyaux de la couronne de Pologne; bien que considérablement délabrés et défraîchis par le temps, tous ces objets, d'une richesse fabuleuse, donnent facilement une idée du luxe inouï, de la pompe tout orientale, que déployaient ces anciens rois.

Nous vîmes là le sceptre de Pologne, en or plein et littéralement couvert de pierres précieuses de toutes couleurs; entièrement d'or aussi et parsemé d'émeraudes et de rubis gros comme des noix[ [40] est le globe qui s'étale sur un coussin de velours cramoisi; le glaive ou mieux les glaives, car il y en a plusieurs, sont d'une richesse fabuleuse, poignées et fourreaux disparaissent sous les pierres étincelantes, sabres rappelant plutôt l'Asie par leur forme et par leur richesse; il y a plusieurs exemplaires de la couronne, tous d'or et de pierres précieuses énormes... il y a encore des reliquaires d'or et d'argent dont certains sont d'un travail exquis, des coupes, des poignards, des missels... il y a enfin les habits d'apparat d'or, de soie, de perles fines, de velours, de pierres précieuses...

De telles richesses évoquent autre chose que la mort. En effet, avant de venir chercher leur tombe dans la sainte nécropole, les rois de Pologne y avaient reçu la consécration officielle: le couronnement et le sacre avaient lieu dans la cathédrale de Cracovie.