La chambre Drozdowice, qui a vingt-huit mètres de hauteur est en pleine exploitation. Les échafaudages y sont multiples, un amas de blocs épars va s'élargissant sous chaque point où le pic des ouvriers attaque encore les parois.

Dans la chambre de l'Archiduc Frédéric, haute de trente mètres, on remarque un portrait de l'archange Saint-Michel datant de l'an 1691.

Ces salles immenses vous font une fort étrange impression. Ce ne sont point ici les galeries basses qu'on a coutume de voir dans les mines de houille; imaginez-vous l'effet que peuvent produire des voûtes géantes, hautes d'une trentaine de mètres, dont le sommet va se perdre dans une obscurité mystérieuse, des piliers colossaux de matière à demi transparente, de murailles scintillantes de cristaux irisés. Les torches des guides répandent une lumière vague, leur flamme, qui a peine à trouer le noir, s'entoure d'un halo sanglant. L'obscurité des entrailles de la terre est si dense qu'elle semble s'être matérialisée, on dirait du brouillard, lourd, épais, qui vous presse et qui vous étreint. Les visiteurs disséminés dans les chambres paraissent tout petits dans cette architecture de géants, ils ressemblent à des pygmées qui s'agiteraient vainement.

La chambre Walczyn ou gare du Comte Goluchowski, à cent trente-cinq mètres sous terre, reçut sa seconde appellation en 1864 en l'honneur du célèbre homme d'Etat. Elle est, paraît-il, très intéressante, car elle sert de point de jonction aux galeries provenant de plusieurs puits; malheureusement on ne la laisse plus visiter car elle n'est plus très sûre.

Cette marche dans l'obscurité et dans le silence finit par fatiguer, on se sent peu à peu envahir par des idées de tristesse et de peur.

Les grottes du Kronprinz Rodolphe et de la princesse Stéphanie sont réunies ensemble par un long tunnel rempli d'eau. On parcourt ce fleuve infernal sur une barque qui glisse silencieusement pendant que la blafarde lueur des torches se reflète dans les eaux mortes. L'air humide vous pénètre, il fait froid, il fait sombre, la nuit sans étoiles vous entoure, on a peur! N'est-ce point réellement ici l'entrée des enfers, et ce fleuve n'est-il pas l'Achéron? Où allons-nous ainsi toujours plus loin dans les entrailles de la terre? Une véritable angoisse m'étreint en me sentant emporté dans le noir sur ces eaux mystérieuses. Ah! que ne donnerais-je pas à cet instant pour revoir subitement la lumière du jour! Le guide qui manœuvre les rames a une sombre mine de démon; je vois ses yeux qui brillent dans l'ombre... horreur! c'est le démon Caron, aux yeux de braise, Caron, le sombre nocher des marais livides[ [49].


Il est une vieille légende polonaise sur le sel que j'ai entendu conter; elle est ici de circonstance. Laissez-moi vous la dire.

Un vieux roi avait trois filles, belles comme le jour, et prêtes à marier. En son égoïsme sénile, il leur demanda un jour combien et comment elles l'aimaient.

—Comme l'oiseau aime l'air, dit l'aînée.