—Je vous aime autant que les fleurs aiment le soleil, dit la seconde.

—Mon père, dit à son tour la cadette, je vous aime aussi fort que vous aimez le sel.

Le vieillard ne comprit point la puissance de cette comparaison naïve, il n'en vit que la vulgarité et se fâcha tout rouge, comme devaient se fâcher les rois de ces temps reculés:

—Tu insultes ton père, fille dénaturée! Tu n'es plus digne de moi. Je te déshérite et je te chasse.

Et malgré ses tendres supplications, malgré ses larmes, la malheureuse princesse Hélène,—elle s'appelait ainsi,—fut obligée de quitter le royaume de son père.

Mais l'intendant que le roi avait chargé de l'accompagner jusqu'à la frontière avait bon cœur. Il l'habilla en paysanne, cacha ses beaux habits de princesse dans un sac qu'ils emportèrent avec eux et alla la placer comme gardeuse de dindons chez de braves paysans qui habitaient auprès du château du roi voisin:

—Ici, lui dit-il, vous serez bien cachée et bien traitée par ces bonnes gens. Lorsque le roi votre père regrettera ce qu'il a fait, je reviendrai vous chercher.

La princesse Hélène vécut d'abord tranquille dans l'humble demeure. Mais voici que vint le temps du carnaval avec ses fêtes. Chaque soir on voyait un fastueux cortège de seigneurs et de belles dames accourir au château royal où, dans les lumières et dans la joie, le bal se prolongeait jusqu'au lever du jour. La pauvre petite princesse regretta le temps où elle aussi dansait dans un autre château. Mais que fit-elle? Un soir, elle feignit d'aller se coucher et, dans sa chambrette, ouvrit mystérieusement le sac qui contenait ses beaux habits. Elle se revêtit d'une robe couleur du ciel, se para de ses bijoux et se rendit hardiment au château royal.

Son apparition dans la salle du bal produisit une énorme sensation; son étincelante beauté éclipsa les plus belles. Le fils du roi vint lui offrir son poing. Il était beau comme elle était belle; durant toute la nuit ils dansèrent ensemble et leurs deux cœurs battaient à l'unisson. Mais un peu avant l'aurore, elle s'enfuit légère et le jour la retrouva vêtue de bure et gardant humblement ses dindons.

Le fils du roi, allant à la chasse, passa auprès d'elle et se dit: