—Quelle ressemblance frappante! Si cette paysanne n'était pas si pauvrement vêtue, je jurerais que c'est l'incomparable beauté que je fis danser cette nuit et qui disparut subitement.

Le soir, elle feignit encore d'aller se coucher et quand tout dormit dans la masure des paysans, se couvrit d'une robe couleur de la lune et se rendit au bal où sa beauté fit disparaître toutes les autres ainsi que disparaissent les étoiles lorsque apparaît le soleil.

Le troisième soir, elle vint encore au bal revêtue d'une robe couleur du soleil. Encore le fils du roi s'enivra de l'éclat de ses beaux yeux! Mais lorsqu'un peu avant l'aurore, fugitive et légère elle s'enfuyait, elle perdit un de ses souliers, un tout petit soulier de satin rouge orné de rubis.

Le fils du roi qui recherchait sa belle, disparue soudain comme les autres nuits, trouva le soulier. Dès le point du jour, il fit publier qu'il ferait sa femme de la demoiselle qui pourrait chausser le petit soulier. Toutes les nobles filles, le cœur ému, le pied frémissant, espérant être reine, accoururent au château pour essayer le soulier; mais aucune d'entre elles ne parvint à le chausser, toutes avaient trop grand pied, aucune non plus ne rappelait au fils du roi les traits aimés de la belle inconnue.

Le prince eut soudain une inspiration du ciel en songeant à la belle paysanne qu'il avait rencontrée quelques jours auparavant:

—Qu'on aille, dit-il, me quérir la gardeuse de dindons.

Et la princesse Hélène vint; elle avait remis sa robe couleur du soleil, il lui manquait un soulier, son petit pied se glissa sans peine dans la chaussure à tant d'autres rebelles.

La noce eut lieu quelques jours après.

Le roi étant mort au bout de peu de temps, voici que le prince monta sur le trône et que la petite princesse ceignit la couronne de reine.

Mais la pauvrette songeait toujours à son vieux père; elle apprit au roi son mari comment elle était devenue gardeuse de dindons, alors celui-ci lui dit: