—Comptez sur moi pour vous réconcilier avec votre père. Non seulement vous aurez encore le plaisir de le serrer sur votre cœur, mais je veux qu'il vous rende pleine et entière justice.
Et tout aussitôt il envoya au vieux roi, son voisin, un ambassadeur pour l'inviter à venir dîner en son château.
Le père de la princesse accepta. Il arriva bientôt dans un carrosse doré attelé de six chevaux blancs comme la neige.
Les deux rois se mirent à table. Le service comprenait une infinité de plats somptueux contenant des mets qui auraient dû être délicieux, mais aucun d'eux n'avait été salé. Le vieux roi goûtait de tous et les repoussait tour à tour. A la fin, n'y tenant plus, il s'écria:
—Y a-t-il longtemps que la mode s'est introduite dans votre royaume de manger tous les plats sans sel?
—Mais c'est moi qui ai donné l'ordre de ne saler aucun des mets qu'on nous sert aujourd'hui. On m'avait assuré que vous n'aimiez pas le sel, je croyais ainsi vous être réellement agréable.
—C'est une erreur, une grossière erreur, j'aime au contraire beaucoup le sel que je considère comme absolument indispensable à la vie des hommes. Mais qui donc a pu vous affirmer une chose pareille?
—C'est votre fille...
A ce moment une porte s'ouvrit et la princesse Hélène, tout émue, vint tomber dans les bras de son père ravi, qui comprit alors combien il avait eu tort et combien de sagesse contenait la réponse de sa fille cadette dont il s'était jadis si fort offensé[ [50].