Près de Rozsahegy se trouve la station d'eaux minérales de Koritnicza, très courue et connue depuis fort longtemps. Je ne cite cette station que parce que c'est l'une des principales, car il est bon d'ajouter que les Grandes Karpathes sont extrêmement riches en eaux minérales, il n'y a guère de vallée où l'on ne rencontre quelque source.

Enfin, de l'autre côté de la Vaag, les archéologues et les ethnographes vont visiter la grotte de Liszkova, qui est, paraît-il, un spécimen très curieux d'habitation préhistorique. On a trouvé dans cette grotte des ossements d'hommes et d'animaux, des ustensiles de pierre, de terre, d'or, qui ont permis aux savants d'affirmer que ceux de nos ancêtres préhistoriques qui habitèrent là furent d'immondes anthropophages.

A mesure qu'on s'éloigne de Rozsahegy, la vallée de la Vaag va s'élargissant de sorte que la vue se dégage de plus en plus sur l'adorable panorama des Karpathes. Aux divers points où le regard peut se poser on aperçoit des sommets pointus dresser vers le ciel leurs têtes fières; ce ne sont point encore les géants du Tatra, mais ce sont déjà de hautes montagnes que ces Karpathes de Lipto[ [67]!

Cette ville aux maisons blanches qui s'alignent au milieu de la plaine comme les tentes d'un camp, c'est Lipto Saint-Miklos, le chef-lieu du comitat de Lipto.

Non loin de la petite ville, dans une sombre gorge où gronde la Demenova, s'ouvre béant l'antre de glace de Demenfalva. C'est une grotte remplie de glace éternelle. Ces phénomènes glaciaires, dont l'origine n'est pas très clairement expliquée, sont assez fréquents dans les Karpathes; j'aurai l'occasion d'en parler plus longuement à propos de la merveille des merveilles, de la glacière de Dobsina.

Mais suivons notre route car l'auto nous emporte.

Les humains que nous apercevons ont d'originales allures. D'immenses chapeaux qui n'en finissent plus, des chapeaux aussi grands que des parapluies, couvrent des têtes aux faces graves, toutes rasées, aux longs cheveux tombant sur les épaules, on dirait des poètes, des bardes: ce sont des Slovaques.

Et les cochons! Les cochons qui sont tout poilus, poilus d'un poil noir et hirsute, avec une crinière rigide sur le dos, avec de petites oreilles toutes droites, une tête énorme, un arrière-train court et bas, un dos voûté, de très hautes épaules, on croirait voir des sangliers... encore des animaux à moitié sauvages!


On nous a dit que la vallée de Stijavnica contenait d'intéressantes choses: allons voir. Nous abandonnons la grande route pour quelques instants malgré les protestations indignées de l'un de nos compagnons qui n'admet que la ligne droite et nous nous engageons dans un mauvais sentier tout au plus digne des cochons de tout à l'heure, où l'auto saute de roche en roche comme font ces intéressants quadrupèdes quand ils s'enfuient en grognant.