Le gnome gardien de l'un de ces trésors, entendit un jour du fond de son antre, le pic des chercheurs retentir jusqu'à lui.
—Encore des humains insatiables, se dit-il, des fainéants qui ne pensent qu'à l'or et qu'aux plaisirs grossiers de la terre! Oh! combien je les plains de tant aimer ce vil métal qui ne peut que les mener à leur perte! Mais faisons une expérience et voyons quel usage ils sauront faire de l'or que je leur donnerai.
Par son pouvoir surnaturel, le génie guida la pioche de ces hommes. Ils étaient trois; il les laissa venir jusqu'à lui, il leur permit de contempler à leur aise les richesses fabuleuses qui l'entouraient et qui les éblouirent. Il leur donna autant d'or qu'ils purent en emporter, puis les ayant invités à revenir quand il leur en faudrait encore, il les congédia.
Quelques jours s'étaient à peine écoulés, le génie vit revenir l'un d'eux.
—Aurais-tu déjà gaspillé tout l'or que je t'avais remis? Enfin, dis-moi, je te prie, l'usage que tu en as fait.
—Oh! dit l'homme, j'ai conservé intact un si beau trésor. Je l'ai enfermé dans un coffre-fort solide et sûr. D'abord, j'avais eu l'idée de l'employer à me vêtir et à me nourrir convenablement, à aider mes parents pauvres, à secourir les misérables de mon village. Mais heureusement je me suis ravisé, j'ai gardé tout mon or et je viens t'en demander encore.
—Tu es un misérable! lui répondit le gnome. Fuis au plus vite si tu ne veux pas que je t'écrase. Mon or n'est point pour d'immondes avares comme toi.
Au bout de plusieurs mois, le second revint.
—Eh bien, qu'as-tu fait de tes richesses? s'enquit le génie.
—Puissant esprit, j'ai dépensé tout l'or que tu m'avais prodigué. Je l'ai employé à mettre à l'épreuve les hommes et leurs vertus si vantées. Grâce à mon or, j'ai vu souffrir les justes et triompher les méchants. J'ai vu des caractères tenus pour absolument sûrs se laisser corrompre; j'ai vu des hommes qu'on citait pour leur patriotisme devenir traîtres à leur pays. Par la vertu de mon or, j'ai vu l'amour se changer en haine, le fils renier son père, le frère tuer son frère. Il ne me reste plus rien de ce que tu m'avais donné, mais il faut que je poursuive l'œuvre que j'ai commencée et pour cela il me faut de l'or... je viens t'en demander encore.