Enfin d'aucuns prétendent que l'origine du dépôt glaciaire proviendrait d'un ancien glacier que des convulsions de terrain auraient emprisonné dans cette excavation et que depuis les eaux, qui traversent sans cesse la couche perméable des calcaires, se solidifieraient au fur et à mesure en atteignant la glace préexistante, déjà préparées à cette transformation par leur basse température résultant de phénomènes d'évaporation capillaire. On voit que cette théorie emprunte quelque chose à la précédente. Elle appuie assez logiquement son hypothèse sur l'examen des couches de l'amoncellement; en effet, celui-ci est composé de strates d'aspects bien différents: les couches de la base sont épaisses et formées d'une glace blanche et opaque comme celle des glaciers, elles sont brisées et disloquées comme à la suite d'un mouvement violent au cours duquel le glacier initial aurait été précipité dans la grotte, les couches médianes et supérieures au contraire sont horizontales et transparentes, elles sont minces, on voit qu'elles se sont formées telles qu'on les voit aujourd'hui, comme se forment encore actuellement celles qui augmentent tous les jours la hauteur du dépôt. C'est évidemment à cette dernière théorie que je croirais le plus volontiers, cependant est-elle bien certaine? Elle ne me paraît pas complètement satisfaisante.
Laissant donc à d'autres le soin de résoudre ce problème, continuons notre promenade dans la grotte scintillante. On est surpris de voir les formes étranges que le hasard a produites au fur et à mesure de la congélation. Les plus curieuses sont celles qu'on a appelées la Tonnelle, à cause de capricieux stalactites qui imitent parfaitement les enroulements d'un cep de vigne et la Chapelle, dont la forme est en effet celle d'une nef gothique.
La partie la plus sauvage a été baptisée du nom d'Enfer, c'est un endroit dangereux où le sol est fortement incliné, rempli de crevasses obscures et d'éboulis monstrueux.
On regagne la salle Milan par un long escalier qui s'appuie sur une croupe transparente ressemblant à une énorme vague; la glace vient parfois se former jusque sur les marches où l'on glisse.
On ne visite pas l'étendue entière de la grotte de Dobsina; certaines parties en sont trop dangereuses, inaccessibles ou non aménagées encore. Sa superficie totale atteint huit mille huit cents mètres carrés, elle s'étend sur deux kilomètres de long, sa profondeur connue est de cent trente mètres. Par endroit la couche de glace atteint plus de cent mètres d'épaisseur!
Il faut environ deux heures pour visiter les parties de la caverne qui sont ouvertes au public; l'attrait de cette surprenante curiosité est si grand que ce temps passe comme quelques minutes.
Mais lorsqu'on se retrouve à la chaude lumière du soleil, on a comme une impression de libération, on croit sortir d'une tombe humide et glacée, mais d'une tombe en laquelle on aurait fait un rêve fantastique de féerie et de palais enchantés, comme ces palais de diamant que de puissants génies ont construits au sein de la terre pour y garder jalousement de belles prisonnières!
Comment voulez-vous que la Hongrie où la nature a accumulé tant de mystérieuses curiosités ne soit pas le pays des légendes!
On mange fort bien à l'hôtel de la Glacière, on y boit encore mieux. Nous y dégustâmes un tokay digne des dieux, si bon que l'un de nos compagnons et moi-même en achetâmes tout ce que l'hôte avait en cave pour nous le faire envoyer en France.