—Je suis au fond de la grotte, répondit la voix. Tombé dans le trou depuis un jour et une nuit, je m'épuise en vains efforts pour en sortir et je meurs de faim.
La jeune paysanne avait le cœur bon. Sacrifiant ses fruits qu'elle avait eu grand mal à cueillir, elle fit parvenir son panier à l'inconnu qui put ainsi se repaître et reprendre des forces, puis elle l'aida, au péril de sa vie, à sortir du trou où il s'était laissé choir.
L'étranger reconnaissant, la remercia chaleureusement, et lui donna une bague de prix qu'il avait au doigt en lui disant ces mots:
—Acceptez cette bague en souvenir de votre bonne action, mon enfant, et souvenez-vous qu'un jour elle vous portera bonheur.
Et puis il s'en alla.
La jeune fille était rentrée chez ses parents sans ses cornouilles, cependant heureuse d'avoir fait le bien, et, coquette, elle s'était parée de la belle bague. Mais ce joyau avait fait naître au cœur du fiancé de la belle un affreux soupçon: il ne pouvait ajouter foi au cadeau magnifique de l'inconnu; bien qu'elle lui jurât qu'elle n'avait jamais cessé de lui être fidèle, malgré ses larmes et ses prières, le jeune paysan déclara qu'il partait pour ne plus revenir.
La pauvre éplorée ne voulut pas quitter son fiancé, elle le suivit malgré lui. Comme ils erraient dans les montagnes, les deux amants arrivèrent devant la caverne sonore:
—Noble étranger, s'écria la paysanne au désespoir, viens attester mon innocence.
Quelques instants après, l'homme mystérieux apparaissait. Ayant appris ce qui s'était passé, il eut un bienveillant sourire et persuasif, eut tôt fait de raccommoder nos amoureux.
Tous trois s'en retournèrent ensemble au village. A leur arrivée, les gros bonnets vinrent rendre hommage à l'inconnu, qui n'était autre que le roi lui-même.