» Le gendarme eut l’air surpris. Mais il trouva l’argument :

»  — Et que si, par hasard, il est pas encore rentré ?

» Je n’y avais pas pensé. Méditant toujours, le brassé-carré me montra la voiture, l’augette, la truelle, les briques, et demanda :

» Où les avez-vous pris !

» Je lui dis :

»  — C’est un héritage. Ça vient de ma mère.

» Là-dessus, il m’invita à ne pas aggraver mon cas par des plaisanteries de mauvais goût : à quatre heures du matin on fait ce qu’on peut ! Et il me donna l’ordre de le suivre.

» Quand nous fûmes sur le quai, il se dirigea vers la Belle-Poule. C’est là qu’on enferme les matelots ramassés dans la ville, quand ils n’ont pas été sages. Alors je protestai que je n’étais pas un matelot, mais un glorieux guerrier, que d’ailleurs j’avais tout mon fourniment à bord de l’Amiral-Charner, qui devait lever l’ancre à six heures, et qu’il me fallait y retourner, dans l’intérêt pressant de la République française. Je croyais qu’il allait s’attendrir : il appela un patron de canot. Je n’ai jamais rien rencontré de têtu comme ce gendarme !

» J’avais envie de me passer mon sabre-baïonnette au travers du ventre. Arrêté par quelqu’un de l’arme, c’est bon ! J’en avais pour huit jours de bloc. Mais par un gendarme, je savais mon compte : à bord d’un navire de guerre, c’est trente jours.

— Pourquoi ? demandai-je.