» Mais Plévech, à moitié fou, jura qu’il en avait vu comme ça dans les grottes de son pays, près des pierres levées, et Rainebouze dit que c’étaient les mêmes que les sorciers mettent dans son pays à l’intérieur des tombes. Plévech répétait tout le temps : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! » et Rainebouze, qui avait été à l’église de Majunga, répétait : « Amen ! » dévotement. Mais il arrangea ensuite des graines pour faire sikidy, c’est-à-dire un charme ; il tua une autre poule, et Plévech imita ses gestes, parce qu’il avait très peur qu’après tout, ça ne fût la vraie religion, celle de Rainebouze, tandis que celle des chrétiens, il n’est pas bien sûr qu’elle soit restée bonne contre les esprits.

» Moi, je n’osais pas réfléchir. Ce ne fut que trois jours après, quand la houle fut tout à fait calmée, que je demandai à Rainebouze :

»  — Le bateau des matoutouas qu’est-ce c’était ?


» Rainebouze me regarda d’un air très sérieux et très fier :

»  — Esclaves, dit-il, des esclaves ! Tout plein d’esclaves, dans la grande lakane. Pour Bourbon. Attachés avec des chaînes. Volés à Madagascar par les blancs. Mais Madagascar n’a pas voulu les laisser aller, et leurs ombres ont soulevé la mer, à la fin, et leurs ombres ont ramené leurs os dans leur pays !

» Je compris ce qu’il voulait dire : le bateau des négriers enlevant ces Malgaches, il y a deux ou trois siècles, puis poussé à la côte par un cyclone, et coulant. Ces pauvres diables de nègres, les fers aux pieds, noyés comme des rats sans pouvoir monter sur le pont, et, trois cents ans plus tard le retour de leurs squelettes à la terre où dormaient leurs ancêtres et leurs fils.


J’interrompis Barnavaux :

— Mais le trois-mâts, comment avait-il ressuscité, le trois-mâts ?