Se mettant tout debout, péniblement, petite chose douloureuse, poupée vivante et blessée, elle montra ses cuisses. Une étroite bande de guinée bleue, partant de sa taille maigre, ne les voilait qu’à moitié, et sur ces pauvres membres maigres, jusqu’aux rotules saillantes, jusqu’aux tibias apparents, coulaient deux ruisseaux de sang, deux affreux ruisseaux d’un sang à moitié caillé. Samba comprit. Mais il était musulman, et sa religion, ainsi que les usages, lui imposaient la plus grande réserve avec les femmes quand elles n’ont pas été achetées par un bon contrat, ou prises à la guerre. Voilà pourquoi il ne dit rien. Seulement il prit un galet de corail, marcha vers la porte fermée de « la case-la-douane » et commença de frapper contre les vantaux. M. Auguet, vêtu d’un vaste pantalon et d’une camisole de cotonnade rose, apparut sur la véranda du premier étage ; et madame Auguet, en tapa de mousseline légère, était derrière lui. Elle avait des cheveux déjà gris, et de bons yeux naïfs, restés jeunes dans sa figure ronde et claire, à peine hâlée par le climat.

— Pitite mousso Sara fini-cassée, dit brièvement Samba, d’une voix tranquille.

— Hein ? cria monsieur Auguet.

— Pitite mousso Sara fini-cassée, répéta Samba Taraoré.

— Qu’est-ce qu’il dit ? demanda madame Auguet, qui n’entendait pas encore bien le « français-tirailleur ».

— Il dit, expliqua M. Auguet un peu blême, que Sara a été violée !

Il ajouta, parlant à Samba Taraoré :

— Va chercher monsieur Toubeau.

C’était le commissaire de police. Samba rectifia la position, fit le salut militaire comme un soldat blanc, et partit au pas gymnastique.

Madame Auguet avait pris Sara dans ses bras pour la mener jusqu’à sa chambre. Elle lui disait :