— Mais c’est aussi là qu’est l’avenir de Tili, dis-je en souriant.

— Vous vous trompez comme se trompent les hommes, fit-elle, c’est-à-dire grossièrement. Aussitôt que nous pouvons parler, un instinct très sûr nous suggère que nous sommes faites pour plaire, et que les robes, les chapeaux, les « mines » y sont pour beaucoup. Les petites filles sont distraites par ces soucis extérieurs de l’observation directe de leur corps, de leurs mouvements, de leurs formes. Elles n’y songent pas.

— Elles y songeront plus tard.

— Elles y songent quand la souffrance le leur révèle ! C’est une chose que vous ne saviez pas ? Eh bien, Tili vient de vous l’apprendre. Et plus tard, mon ami, plus tard, c’est encore la douleur qui lui fera sentir qu’elle a un sexe.

Elle réfléchit une seconde et ajouta sans fausse honte, d’une voix murmurée mais magnifique :

— Et puis, pour Caillou, il est bien possible que sa pudeur vienne de ce que je ne le regarde pas comme je regarde sa sœur. Je suis femme, et je suis fière, étonnée, glorieuse de l’avoir fait !

Alors, je gardai le silence assez longtemps.

— Même si j’avais pu les penser, avouai-je enfin, je n’aurais jamais su dire ces choses comme vous. Je n’aurais pas osé. Maintenant, ça me paraît si simple, si pur et si beau…

— C’est, dit-elle, que chacun de nous a gardé, à l’âge où nous sommes, la pudeur de notre sexe, celle de ces enfants. C’est ce qui s’appelle avoir vécu en honnête femme et en honnête homme.

Je l’aimais tant d’admiration, à ce moment-là, que je pensai que c’était dommage.