— Et puis, moi, il m’a promis la médaille des vieux matelots, pa’c’que j’lui ai fait un cuirassé. Toi qu’a perdu ton bateau, il t’fichera la Légion d’honneur !…
C’est aussi une chose qui a fait réfléchir beaucoup de familles, que la façon dont Boulot s’est conduit quand il a été parrain du premier-né de son grand frère Jacques.
Quand le grand frère Jacques est venu demander, comme une faveur, que Boulot et sa sœur Guitte fussent parrain et marraine de leur neveu, la mère de Boulot a eu un cri d’effroi :
— Ce n’est pas possible ! il rira tout le temps !
Cette phrase a froissé Boulot. Il a juré que, puisqu’il marchait sur ses quatorze ans, il savait ce que c’est qu’un baptême et le sérieux de cette cérémonie. Et même, au cours des préparatifs, il a été parfait. Quand ses parents ont acheté le cadeau qu’en sa qualité de parrain il doit à Guitte, sa commère, il a voulu qu’il y eût quelque chose de sa poche, et il a donné trois francs : le tiers de sa fortune.
Et enfin voilà le grand jour venu. Guitte est tout en blanc, avec un bouquet blanc, des gants blancs, des souliers blancs, et un grand chapeau de bergère. Du blond et du rose par dessous, voilà sa figure. Et Boulot est en grande tenue : pantalon blanc, gilet rond, veste ronde et chapeau haut de forme. C’est excessivement laid, mais majestueux. On monte en auto, pour aller chercher le reste du cortège. La mère de Boulot passe son temps à répéter :
— Ne ris pas, Boulot, je t’en prie… tu ne riras pas ?
Cette insistance paraît le froisser. Grand frère Jacques descend avec la garde, la nourrice et le candidat au cortège. On part pour l’église, et les recommandations se précipitent.
— … Une boîte de dragées. C’est pour le curé. Il y a vingt francs dedans. Tu donneras aussi vingt francs à la garde… Et ne ris pas, Boulot, ne ris pas !… Vingt francs à la nourrice. Serre-les dans ta poche… Pas celle de ton mouchoir, l’autre… Cinq francs au bedeau. Tu seras sérieux, Boulot, je t’en supplie !