— Voyons, ne colle pas, Caillou !
Mais il n’écoutait rien. Je me sentais baigné, inondé, pénétré, par la bonne tiédeur vivante qui émanait de lui, délicieusement paralysé par l’étreinte à la fois irrésistible et si faible de ses membres dont les os mêmes sont flexibles comme de jeunes branches. Il répétait indéfiniment :
— Tu m’aimes, dis, tu m’aimes !
— Mais oui, Caillou, je t’aime, tu le sais bien.
Cependant il posait encore la même question, et encore, et encore. Je lui répondais encore la même chose, et dans le fauteuil où j’étais assis, près du feu, je me sentais près de m’endormir, comme si c’était lui qui m’eût bercé. A la fin pourtant il jugea qu’il devait perfectionner le jeu, inventer quelque chose.
— Tu m’aimes ? dit-il. Alors, fais-moi plaisir !
— Mais je veux bien, moi, Caillou, lui dis-je. Quel plaisir veux-tu que je te fasse ?
— Ah ! dit-il, je ne sais pas. Mais je voudrais que tu me fasses plaisir.
Il était heureux, pleinement heureux, par la seule surabondance de vie qu’il sentait en lui-même. Mais il éprouvait déjà le besoin d’extérioriser son bonheur, de lui donner une cause ; et ainsi il agissait comme un homme en gardant son ingénuité d’enfant. Mais quel plaisir pouvais-je faire à Caillou ? C’est à ce moment qu’on éprouve le plus douloureusement l’abîme qui vous sépare des tout petits ; on n’a plus leur imagination, on ne pense pas comme eux, on ne sait pas. Je me sentis profondément humilié de mon incapacité.
— Eh bien !… lui dis-je.