» Il était naturel qu’il posât la question sous cette forme puisqu’il ne savait pas qu’il y a un acte qui s’appelle nager. Mais on ne lui répondit que par un regard atroce. Non, ça ne se pouvait pas ! Quelques poules essayèrent, prenant leur élan, de sauter par-dessus la clôture de la cour. L’une d’elles y réussit, mais on l’entendit retomber, de l’autre côté, dans l’élément mortel qui remplissait la rue. Les autres se noyèrent dans la cour même, après s’être brisé le bec contre les pierres qu’elles avaient tenté de franchir.

» — Qu’est-ce qu’il faut faire ? interrogea le canard.

» — Attendre, répondit la vieille poule.

» Ayant toujours vécu parmi les hommes, elle ne connaissait rien que ce qui venait d’eux ; le salut ou la mort : ils dispensaient tout. Mais les hommes ne vinrent pas. Les oiseaux, qui digèrent très vite, souffrent et meurent très rapidement de la faim. Le canard et la poule, trop faibles pour rester perchés, se blottirent au fond de la mangeoire.

…» Après l’inondation, monsieur Giscard revint.

» — Les poules ont dû mourir, dit-il, mais c’est le canard qui doit s’en donner !

» Mais le canard avait subi le sort des camarades. Couché près de la poule, sur le dos, avec cette taie sur les yeux ouverts qu’ont les oiseaux morts, il dressait vers le ciel ses pattes palmées faites pour ramer l’eau.

» Monsieur Giscard fut si émerveillé par ce spectacle qu’il oublia de regretter la perte.

» — Tout de même, dit-il, tout de même… celui-là, il avait de l’éducation ! »