Et ce fut tout. Une odeur de cadavres emplissait l’air. La batterie prit position entre Nanteuil-le-Haudouin et Sennevières. L’ennemi débordait :

— Ils nous tournent !

Des sections d’infanterie se repliaient. Un immense fer à cheval enveloppait les artilleurs. Il semblait ne plus rester à tout le 4e corps qu’une étroite voie libre au sud-est. Cependant les batteries s’arrêtent et font face. Les pièces sont des monstres hurlants, qui à pleine gueule vomissent du feu vers le soleil qui tombe, les douilles s’amoncellent et fument. Là-bas on voit des hommes se débander, courir, s’écrouler en monceaux. Aucune artillerie ne répond. Pourtant les régiments de ligne se retirent, des chasseurs à cheval passent au trot, puis toute une brigade de cuirassiers. C’est la retraite ! Encore une fois, c’est la retraite ! Devant les artilleurs, il ne reste aucun élément français. Ils sont à la merci d’une attaque de cavalerie.

Le lendemain, on s’attend à une canonnade furieuse : tout se tait. Pas un bruit, pas un homme à l’horizon. Le lieutenant-colonel qui passe reconnaît le commandant.

— Tiens, Solente, bonjour ! Ça va ?… Qu’est-ce que vous faites là, avec votre groupe ?

— Vous voyez : nous surveillons la route de Nanteuil.

— Alors vous ne savez pas ?… L’ennemi a foutu le camp pendant la nuit.

— Comment ?

— Oui. On se porte en avant : les Allemands battent en retraite sur toute la ligne.

— Alors ?