Cela s’est passé il y a longtemps, bien longtemps. J’étais un enfant, alors, un enfant dans cette maison envahie et gâtée. Et ces choses, je les ai vues.

Mais il arriva dans cette maison, vers le milieu de l’été, un vieil homme des champs, un vieil homme qui avait toujours vécu dans les champs. Et il souriait, et il gardait toute sa bonne humeur et tout son sang-froid, tandis que les autres, autour de lui, murmuraient : « On ne les aura jamais, jamais ! Elles sont là pour l’éternité. C’est une maison où il y a des guêpes, et il faudrait démolir la maison. » Lui répondait : « Mais non, mais non ! Seulement le moment n’est pas venu où on peut faire quelque chose. C’est fort, c’est malin, les guêpes. C’est plus fort que vous, aujourd’hui. Quand vous les approchez pour les détruire, elles sortent, et elles vous piquent. Ça vous gêne, vous ne pouvez pas travailler au bon endroit. Et puis, c’est industrieux. Pas industrieux comme les abeilles. Autrement. Là-dedans, tout autour de leur nid, elles ont mâché et remâché des tiges de feuilles et des morceaux d’écorce. Elles ont mélangé ça avec de petites pierres, avec des tas de débris, et ça leur fait un carton, une cuirasse de carton plus dure que l’acier. C’est pour ça que la fumée des charmeurs d’abeilles ne pénètre pas ; elles sont retranchées. Et vous ne vous figurez pas ce que ce doit être joli, ces retranchements, dans leur genre. »

Il disait cela si tranquillement qu’on aurait pu croire qu’il avait de la sympathie pour les guêpes. Peut-être en avait-il, aimant tout ce qu’il comprenait, même les guêpes.

— Alors, lui demandait-on, énervé, qu’est-ce qu’il faut faire ?

— Attendre ! répliquait-il.

Et puis, il avait l’air de penser à autre chose.

Enfin l’automne tomba du ciel sur la terre, avec de grands vents froids qui venaient du nord ou de l’ouest, balayant des feuilles mortes et vous engourdissant les doigts. Alors, le vieil homme des champs eut l’air de chercher quelque chose sur les vitres. Et il me dit :

— Regarde, petit ; regarde bien. Qu’est-ce que tu vois là ?

— C’est une guêpe !

— Eh bien, approche ; va, n’aie pas peur. Essaye de l’attraper, essaye de l’écraser avec ton mouchoir.