Voici donc que la grande nouvelle, voici que les mauvaises nouvelles tombent dans ce pays paisible jusqu’à l’indifférence. Remarquez qu’il ne peut y avoir chez ces cultivateurs la contagion de sentiments qu’on trouve dans les grandes villes où plusieurs milliers de personnes se trouvent réunies sur un même point : ils sont parsemés sur un territoire très étendu, et vivent chacun dans leur verger. Faible transmission de l’émotion par la presse, d’autre part : une centaine de journaux suffisent, le matin, aux besoins de ces quinze cents habitants. Cependant restent-ils inertes ? Non pas. Ils épient le facteur tous les matins, ils se rendent chez celui qui reçoit un journal. Même quelques-uns attendent l’autobus, le soir, pour savoir s’il y a du nouveau. On croirait revenu le temps des vieilles diligences.

— Eh bien, c’est-il pour aujourd’hui, Monsieur Chouin ?

Ce qui pourrait être pour aujourd’hui, c’est la guerre, naturellement.

— Non, répond M. Chouin. Mais c’est toujours bien mauvais !

— On n’y coupera pas ! dit quelqu’un.

— En tout cas, dit un autre, on n’en a jamais été plus près !

— C’est un coup des Pruscos ! affirme un troisième.

Personne ne le contredit, mais nul n’ajoute un mot. Que pensent-ils ? On dirait qu’il s’agit d’un autre peuple, pour lequel ils auraient de la sympathie, rien de plus.

Cependant il y avait quelques permissionnaires dans la région. Ils sont rappelés à leur corps et on me l’apprend ce matin.