— Eh bien qu’est-ce qu’on a dit au village ?
— Ils ont dit : « Pour sûr, ça sent la guerre !
— Et il n’y a pas eu de scènes, de cris ? des larmes ou de l’enthousiasme ?
— Oh ! non.
En face de chez moi il y a le forgeron qui est dans la réserve, et doit partir au premier appel ; et il est très occupé en ce moment, le forgeron, à cause des moissons qui vont commencer. Dès l’aube et tout le jour il redresse des faucilles, il reforge des pièces de charrettes après les avoir chauffées à son grand feu que haleine un soufflet noir ; puis, au fur et à mesure il jette dans un seau d’eau froide, où elle siffle, leur blafarde incandescence.
J’entre chez lui sous prétexte de lui emprunter une clef anglaise pour réparer ma bicyclette. Sa femme est sur le pas de la porte.
— Eh bien, et la guerre ? dis-je.
— J’ crois ben qu’on va l’avoir, à cette fois.
Elle prononce « je crouès » comme du temps du grand roi.
— Ça n’a pas l’air de vous faire plus d’effet que ça ?