» Et c’est après que toutes ces choses s’étaient passées que vous êtes allés chercher Nguyen-Thuy, le sage lettré qui, le premier, quand l’Empereur sortait à peine des bras de sa nourrice, lui avait mis dans la main le pinceau qui sert à former les caractères, et enseigné les révélations qui, du ciel, sont descendues vénérablement dans le Livre des Rites. Il était si vieux que sa face penchait vers la terre, et ses doigts étaient tout tremblants.

»  — Nguyen-Thuy, lui dit-on, toi, tu connais l’Empereur ; viens le saluer !

» Mais l’âge lui avait enseigné la circonspection Il répondit :

»  — Les années ont obscurci mes yeux. Comment saurais-je distinguer encore sa face éblouissante ?

»  — Ça ne fait rien, vieux fou, lui dit-on, viens tout de même !

» Et on le poussa de force au premier rang, devant les soldats.

» L’Empereur passa, et Nguyen-Thuy le reconnut. Il fallut que sa tête commandât bien rudement à son cœur pour qu’il ne s’abattît point devant lui, le front dans la poussière. Mais il resta debout sur ses jambes qui vacillaient, sans plus saluer Hain-Nghi qu’il n’eût regardé un buffle.

» Or, l’Empereur, lui, aperçut son vieux maître. On ne vit rien, sur son visage, de ce qui se passait dans son cœur déchiré : on ne doit rien voir, sur la face de ceux qui sont de la race des maîtres. Et il n’eut pas une minute d’hésitation, il s’inclina très profondément selon les rites.

»  — O mon père ! dit-il, puisses-tu vivre heureusement cent années, et encore cent années !

» Alors, ayant fait quelques pas, il prononça : « C’est la volonté du Ciel ! » Puis, se retournant vers les soldats : « Vous le savez, maintenant, je suis l’Empereur ! Esclaves, faites de moi ce que vous voudrez ! »