» Capitaine Collet, lieutenants Sercq et Barillot. J’ai su ces noms-là plus tard. Les hommes avaient le sac au dos. Le lieutenant Sercq passa sur les lignes. Il y avait un homme qui ne portait pas le sac. Il dit :
» — Katzmann, pourquoi n’as-tu pas ton sac ?
» L’homme ne répondit pas. Le capitaine s’approcha.
» — Katzmann, ramasse ton sac !
» Katzmann ramassa son sac, qui était à ses pieds, bretelles ouvertes, et sortit des rangs l’arme au bras. Mais il ne fit que six pas, s’arrêta les pieds en équerre, fit face au capitaine, et jeta le sac devant lui. Ses lèvres remuaient, mais il n’en sortait pas un son. Seulement, tout son corps avait une tremblote bizarre qui remuait le fusil. Et le capitaine le regardait, attendant bien patiemment qu’il se décidât.
» — Mon capitaine, dit Katzmann, avec un gros accent allemand, je veux pas !
» — Vous ne voulez pas quoi ?
» — Je veux pas prendre le sac ; c’est pas régulier pour les marches militaires. Les légionnaires, ils ont le droit de ne pas porter le sac, aux colonies.
» Et c’était vrai. C’est un privilège qu’ils ont. Le soleil tape assez dur, la peine est assez rude pour qu’on leur épargne tout ce qui est inutile. En campagne, quand on marche la route, c’est différent, et ils ne se plaignent pas. Mais quand on joue au soldat, quand tout ce qu’on fait, c’est pour passer le temps !
» — C’est une marche d’entraînement, dit le capitaine. Allez chercher votre sac.