» Voilà ! Je fus pris d’une envie perpétuelle de servir Mlle Claire. M. Sturm avait confiance en moi, je gagnais maintenant mes cent cinquante francs, j’avais de l’avenir. Et toute la journée je rêvais, je rêvais… J’aurais fait tout ce qu’elle aurait voulu. L’épouser ? Tout de suite, si ç’avait été sa convenance. Ou bien me mettre avec elle, à son choix. Car je ne savais pas du tout ses vues, pour la vie. C’est ce qu’il y a de plus difficile, quand on est étranger, de comprendre les vues d’une demoiselle de Paris, ce qu’elle veut faire avec les hommes, la noce ou le ménage. Et ça doit être, ça, encore, qui est si délicieux !
» Moi, je ne pensais plus qu’à elle, et quand je faisais une commission pour elle, quand j’essayais de lui dire une chose agréable, elle était si gracieuse, elle remerciait si poliment ! Et toujours avec son air de princesse, son air : « Je ne fais que ce que je veux, et si je voulais je ne vous répondrais pas », de sorte qu’on a toujours l’air de recevoir un cadeau, même quand on en a fait un. Car, quelquefois je lui apportais des bonbons ou des fleurs. Au premier mai, par exemple : des brins de muguet.
» Ça porte bonheur, ce jour-là, le muguet, et il n’y avait que moi qui eusse pensé à lui en donner. Ses yeux s’éclairèrent, et elle mit les fleurs à son corsage tout de suite en disant :
» — Ça, c’est gentil, monsieur Graaf.
» Son plaisir m’avait enhardi. J’osai lui proposer :
» — Si vous vouliez, mademoiselle Claire, si vous vouliez… on irait en cueillir ensemble, dimanche prochain.
» Mais elle serra les lèvres, pour s’empêcher d’éclater de rire.
» — Comment, fit-elle, comment, qu’est-ce que vous dites ?
» — Je dis qu’on pourrait aller se promener ensemble, répondis-je.
» Et j’étais déjà malheureux, à cause de son air, ah ! malheureux !…