»Oui, j’allais proclamer mon crime! A ce moment un homme se précipita, un fusil à la main, aussi pâle que le cadavre, aussi pâle que moi, qui tremblait comme moi, pleurait, criait, disait la même chose que moi. «Je l’ai tué! ô mon Dieu, comment ai-je pu faire!»

»Et l’un des chasseurs lui dit:

»—C’est un grand malheur, mon pauvre Linières, et un bien plus grand malheur encore pour vous que pour celui que vous avez atteint.

»Linières demanda:

»—Est-ce que c’est fini, tout à fait fini?...

»—Oui, mon pauvre vieux, répondit l’ami.

»Alors Linières, qui était un grand garçon solide, tanné, barbu, se mit à sangloter tout haut comme un gigantesque enfant, et quelqu’un lui prit son fusil.

»Je crus que je devenais fou, Monsieur, et depuis un instant tout le monde croyait que je l’étais. Peut-être m’avait-on toujours trouvé la tête un peu faible, à cause des histoires racontées par mon beau-frère. Je répétai de toute ma force:

»—Qu’est-ce que cela veut dire? Ce n’est pas Linières, c’est moi!

»—Mon pauvre Hippolyte, dit l’ami, vous vous égarez. Nous avons tous entendu et vu le coup de fusil de Linières, sa direction. Je vous assure qu’il n’y a aucun doute, aucun doute.