Un jour qu’elle revenait de Blanzy, à deux lieues de son village, elle aperçut de loin un tout petit enfant qui jouait sur la route avec un grand chien. Depuis plus de six mois, elle n’aimait pas regarder les enfants des autres. Mais, cette fois, la scène lui rappela trop le dernier souvenir qu’elle avait gardé du jour où elle était partie, son ballot de linge à l’épaule: le chien fit un bond et renversa l’enfant, qui cria... On dit que dans un troupeau de cinq cents brebis, les mères reconnaissent leurs agneaux à la voix, et les vont chercher, par la nuit la plus noire, sans se tromper jamais. La Perdue reconnut, elle aussi, cette voix de faiblesse et d’appel, frissonna, et ne fit qu’un bond.

—Mon p’tiot, cria-t-elle, mon p’tiot!

Mais une autre femme avait déjà relevé Petit Pierrot, et lui essuyait la figure avec un mouchoir sale. La Perdue cria encore:

—Mon p’tiot! C’est mon p’tiot!

—De quoi? dit l’autre femme, assez rudement. C’est un gosse de l’Assistance publique.

Mais la mère l’embrassait toujours éperdument, avec de grosses larmes qui coulaient sur les joues et les cheveux de l’enfant. Petit Pierrot, qui ne la reconnaissait pas, eut peur, et s’alla cacher derrière les jupes de l’autre femme:

—Laissez-moi l’emmener, la Louise, il est à moi! dit la Perdue.

L’autre répondit:

—Ça serait trop commode. C’est un gosse de l’Assistance, j’vous dis. C’est pus l’fils de quelqu’un, c’est un pensionnaire. Vingt-cinq francs par mois qu’elle donne, l’Assistance, pour ses pensionnaires.

La femme prit Petit Pierrot par la main, le fit entrer dans sa maison, et ferma la porte.