—Mais le dimanche? interrogeait M. Barbier-Dacquin, le dimanche?
—Le dimanche? On travaille comme les autres jours. Plus. Même la nuit. Y a beaucoup de pratiques qui veulent leur linge pour le lundi.
M. Barbier-Dacquin était attendri. Il racontait aussi ces choses à ses collègues, afin de montrer qu’il connaissait les maux du peuple.
Voilà pourquoi il souriait, avec une joie de brave homme et de législateur content de son œuvre, en songeant que sa femme attendrait vainement son linge, ce lundi, puisque la loi était votée, et qu’on n’avait pas travaillé la veille. Il se consolait même de ne pas voir la petite Céline: elle viendrait le lendemain... Dans le vestibule la sonnette retentit. C’était Céline. Il entendit qu’elle posait son lourd panier sur le parquet. Il entendit encore qu’on la traitait sans politesse. Elle était en retard. Est-ce qu’elle croyait qu’on n’avait rien à faire qu’à l’attendre?
La voix de madame Barbier-Dacquin vibrait plus encore que d’ordinaire, la supériorité s’y mêlant au blâme, et il semblait que celle de Céline fût au contraire plus faible que d’habitude: une pauvre petite voix, bredouillante et comme épuisée. On emmena la petite dans la salle à manger, pour compter le linge.
—Trois pantalons, disait la voix claire de madame Barbier-Dacquin.
—Trois pantalons, répétait Céline, en écho très faible.
—Deux chemises jour, une nuit.
—Deux chemises jour, une nuit.
—Deux cache-corsets, une modestie.