Le rat, surpris, fit un bond en arrière et se rejeta au fond de la boîte. Cependant il sifflait furieux, de ce sifflement singulier qui tient de celui des serpents et du crissement des singes en colère; et puis sans doute il avait faim, comme Patsy! Sentant, sans y rien comprendre, le patron lui piquer les reins par derrière, il bondit sur la figure humaine qu’il avait devant lui. Patsy voulut l’avoir, et tout de suite. On entendit, sur la peau du cou de cette bête, claquer ses dents. Le rat se retourna, comme s’il eût été en caoutchouc. Il était dégagé!

Patsy comprit que l’animal, maintenant, était à côté de lui, tout contre sa joue. Mais il ne le voyait pas. Et il avait peur, peur, peur! Et pourtant il ne fallait pas qu’il retirât la tête plus loin que les oreilles! Il la tourna, prudemment, vers la gauche; et comme il commençait à distinguer deux tout petits yeux noirs, brillants de rage, il sentit subitement comme de grosses aiguilles qui lui transperçaient la lèvre. Le rat l’avait mordu à la bouche même, et ne le lâchait plus. Patsy hurla.

Deux cents regards ardents se penchaient vers la boîte. Quelqu’un dit:

—Une demi-guinée à un contre trois pour le rat.

—Tenu! dit une voix. L’homme est bon.

Et ça lui rendit du courage, à Patsy, cette approbation. S’il avait pu voir la figure de celui qui venait de parler, ça lui aurait fait encore plus de bien. Mais il ne pouvait pas, et il gardait toujours dans sa chair ces dents fixées comme des hameçons. Cependant, il fallait respecter la règle du jeu: il se posa les mains sur la nuque, pour bien savoir où étaient ses oreilles.

—Une guinée contre quatre pour le rat! dit un parieur.

Et personne n’accepta l’enjeu, cette fois. Patsy jura: Il ne sentait plus son mal, tant cet abandon l’indignait. Doucement, il baissa le cou et, de tout le poids de son crâne, pesa sur le rat. C’est lourd une tête d’homme! Les os de la bête craquèrent et, tout à coup l’étreinte des dents se détacha. Hourra!

Le rat, encore une fois, s’était réfugié dans le fond de la boîte. Celui qui avait parié pour lui vint lui piquer le derrière. Le rat fit un bond sur place, mais ne bougea pas.

Les paris tombèrent à égalité. Patsy crachant du sang, avança aussi loin qu’il put. Le rat se ramassa sur lui-même et alors Patsy, par une feinte, retira le cou. Le rat bondit. Mais l’homme, instruit par ce qui venait de se passer, avait levé la tête, et quand le rat fut dessous, lui dévorant le nez, il le comprima de toutes ses forces contre le fond de la boîte avec sa joue droite, et tint bon. On ne vit plus que les pattes de la bête qui gigotait. Patsy l’écrasait lentement.