»Ce qu’elle venait de dire répondait tellement à mon angoisse et à ma terreur que si j’eusse été moi-même l’assassin, je n’aurais pas eu d’autres paroles. Élise répondit à voix basse et lentement:
»—Je ne sais pas, je ne sais pas plus que vous. J’ai peur avec vous. Voilà.
»Elle était tombée assise sur un escabeau de bois, et bientôt parut m’oublier. Ce n’était plus en moi qu’elle puisait sa pensée, mais ailleurs, semblait-il, dans cette atmosphère affreuse qui m’avait étouffé durant des jours et des nuits. Elle se releva, parcourut l’atelier comme si elle eût cherché des traces.
»—Ils étaient deux ici, avant vous, dit-elle, un homme et une femme... une femme plus âgée que moi. Oh! que l’homme la détestait! Il y a encore de sa haine dans le plancher, dans les coins, et là-haut!
»Elle gravit le petit escalier qui menait à la galerie, et s’assit sur mon lit, la tête dans ses mains.
»—Elle a couché là où je suis, des années. C’était son dernier amour. Mais l’homme avait assez d’elle. Peut-être aussi qu’elle savait des choses... Le marteau est dans le coin de droite, en face de la porte... La femme dort, l’homme ne dort pas. Il écoute les heures. Il gâche du plâtre, des sacs, des sacs, des sacs. Onze heures, minuit, une heure... l’homme souffle la lampe.
»Je frissonnai. C’était l’heure où ma lampe s’éteignait.
»—Il monte l’escalier tout doucement. Il a pris le marteau. Le voilà près du lit... Ah! La femme s’est réveillée. La voilà qui court, pieds nus... Et maintenant, elle est toute nue: les mains de l’homme ont déchiré sa chemise. Elle s’échappe, elle est sur la première marche de l’escalier, mais le marteau l’a rattrapée, le marteau l’a rattrapée!
»Après? demandai-je, après, Élise?
»—L’homme gâche encore du plâtre. Il met la femme dans le plâtre. Elle est comme assise, on dirait une momie... Maintenant elle est cachée, on ne voit plus rien... Elle est là! Elle est dans le socle, là, sous la lampe!