—Les jolies fleurs! répéta-t-il.

Ce n’était pourtant que des mimosées, des œillets rouges, une branche de lilas blanc, noyés dans des feuilles de houx épineux, pourpres et vertes comme certaines carapaces de bêtes marines. Mais il pénétrait plus loin que la forme et l’apparence des choses, il songeait aux milliers d’actions chimiques et lumineuses qui les avaient produites—et ces actions avaient fait aussi de la beauté, et c’était plus mystérieux que tout le reste!

Immobile, les coudes sur la table et les deux mains sous le menton, Madame Laroque le regardait. Il contempla son beau visage, et dit avec reconnaissance:

—C’est pour moi que tu les as choisies... Ma petite femme, ma chère petite femme!

Madame Laroque eut un frisson intérieur. Non, elle n’avait pas pensé à son mari en disposant cette gerbe! Et depuis bien des mois ce n’était plus à lui qu’elle pensait: il était devenu si absorbé, si personnel! Et c’était aujourd’hui, précisément, aujourd’hui qu’il redevenait expansif, qu’il se montrait joyeux, aimant, confiant! Par contenance, elle tourna la clef d’un petit poêle à pétrole, qui fumait.

—Tu vas au laboratoire? dit-elle évasivement.

—Oui, je vais au laboratoire, chanta Laroque. Où irais-je, où irais-je au monde! Il n’y a que Jousseaume qui n’y sera pas. Il est malade, Jousseaume.

Madame Laroque rougit. Elle savait pourquoi Jousseaume n’irait pas au laboratoire.

—Eh bien! poursuivit-elle, pense donc à t’arrêter chez Antoine, l’encadreur de la rue Coëtlogon, pour réclamer le tableau que nous lui avons donné... Tu n’oublieras pas?

—Non, répondit-il, je n’oublierai pas. Je n’ai pas de chance, personne ne me prendra jamais pour un savant: je ne suis pas distrait!