C’était vrai. Il y avait toujours de la place dans son cerveau toujours rangé, il portait à toutes choses la même exactitude qu’à ses expériences. Quelques minutes plus tard, il s’arrêtait devant la boutique d’Antoine.

Le vieil artisan essuya sur sa blouse blanche ses mains poissées de mastic.

—Vous venez pour votre cadre? fit-il. Je le ferai porter chez vous, monsieur Laroque, il est fini... Mais entrez donc, il faut que je vous montre quelque chose qui vous intéressera, vous qui vous occupez de photographie.

Traversant la boutique, les deux hommes entrèrent dans une pièce absolument obscure, sorte de galetas dont Antoine avait fait à la fois une remise pour les vieux cadres qu’il achetait dans les ventes et un atelier de photographie; car il avait été séduit, comme tant d’autres, par les plaisirs de la chambre noire, et Laroque, parfois, en souriant, l’appelait son cher confrère.

—Restez là, monsieur Laroque, dit-il, et ne bougez pas. Vous écraseriez quelque chose. Je vais dehors allumer la lanterne rouge. Il faut agir délicatement, délicatement!

Il revint bientôt avec la lanterne, dont la lueur sombre s’arrêtait à quelques centimètres du verre, comme repoussée par une obscurité si lourde qu’elle paraissait palpable et qu’on avait envie de l’écarter du geste.

—Tenez, voici l’affaire, dit Antoine.

Il élevait un cadre ovale comme on en fit, non seulement au dix-huitième siècle, mais jusque sous la Restauration. Ce cadre, qui n’encerclait aucun tableau, avait gardé le verre qui le couvrait.

—Eh bien? demanda le professeur, qui n’apercevait que cette vitre pâle et ternie.

—Regardez par transparence.