Ils pensaient toujours à l’assurance et leur cœur s’emplissait d’amertume contre l’injustice du sort. Delebecque les entendait, mais il n’avait plus la force de parler. Il s’assoupit.

Vers neuf heures, il commença de trembler. Ses dents claquaient, il eut l’impression d’un grand froid, et cette sensation même le réveilla. Le médecin avait prévenu: «Il aura de la fièvre à cause de sa blessure, et puis, douze ou vingt-quatre heures après, son corps fabriquera des poisons, et alors...» Céline et Bogaërt se regardèrent: ça commençait comme on leur avait dit.

Mais Delebecque, bien qu’il ne dormît plus et souffrît beaucoup, demeura longtemps les yeux fermés. Il méditait de toute la force ingénue, douloureuse et maladroite de son pauvre cerveau. A la fin, il crut avoir trouvé. Il demanda, pour s’éclaircir d’un doute suprême:

—Dis donc, Bogaërt, le docteur Roger, c’est pas l’médecin d’l’assurance?

—Non, répondit Bogaërt.

—Et c’est-il vrai qu’ les médecins doivent rien dire sur les malades, rien du tout?

C’est ainsi qu’il définissait le secret professionnel. Céline et Bogaërt ignoraient le terme comme lui, mais ils avaient entendu parler de la chose; ils confirmèrent.

—Alors, dit Delebecque au camarade, tu vas aller l’trouver, l’docteur Roger, et tu diras qu’il a pas à parler, qu’il a rien vu. Tu entends: il a rien vu, il sait rien!

—Quoi c’est qu’tu veux? fit Bogaërt sans comprendre.

—T’as pas b’soin de d’mander. Faut faire... Et puis d’main, dis, tu passeras par c’maison ici, une demi-heure avant l’premier coup d’sirène à l’filature.