Higginson prit le paquet avec précaution et le fit mettre sur une petite voiture aux roues caoutchoutées. Son œil exercé avait déjà distingué que c’était bien là l’objet de ses recherches. On le transporta sur une pelouse isolée, en y attachant un bout de mèche Bickford bien allumée. Le paquet sauta, creusant dans la pelouse un trou de dix pieds de profondeur.

— C’était de la dynamite volée au gouvernement, dit Higginson.

— Well, fit Williams, je le vois assez ; elle est très bien faite.


Ce fut ainsi que John William Williams conserva la vie parce qu’il n’aime pas la lecture et considère que tous les livres sont rot, principalement ceux que lui envoie l’administration.


Ce conte a aussi pour objet d’expliquer pourquoi l’Inde anglaise est pleine de magistrats excellents.

JEAN-CLAUDE OU LA LOTERIE

« Tout le monde ne peut pas être orphelin ! » disait Poil-de-Carotte. Parole profonde, sur laquelle les commentateurs pourront disserter jusqu’à la fin des siècles sans jamais en épuiser toutes les significations. N’empiétons pas sur leur domaine. Mais il sera permis de noter brièvement ici un fait incontestable : c’est qu’un orphelin est un jeune homme ou une jeune fille qui a hérité, s’il a de quoi. Cette vague, mais séduisante couronne qu’on nomme « les espérances » s’est déjà transformée sur leurs fronts en un radieux diadème. Ils entrent dans la vie parés de toutes les roses de la jeunesse, et dans leurs mains heureuses, portent par surcroît les fruits d’or de la maturité.

Jean-Claude était un jeune homme et un orphelin. A dix-huit ans, il se trouva émancipé par un tuteur indolent, et libre possesseur de larges revenus issus d’immeubles d’un bon rapport et de valeurs de premier ordre. Il s’en félicita. « De même, se disait-il, qu’on affirme qu’il est des mariages écrits au ciel, il est certainement des fortunes instituées par la providence. » En effet, il se rendait cette justice qu’il eût été incapable de gagner même trois francs par jour comme terrassier ; et cependant il eût encore préféré travailler de ses mains que de se fatiguer la cervelle. En quoi il avait bien raison, car l’homme n’a point, de toute évidence, été créé pour penser : la pensée ne se rencontre que chez quelques rares exemplaires de l’espèce, comme un accident, une tare, une maladie ; et les peuples où ces exemplaires deviennent trop nombreux finissent mal. Mais, à cet égard, Jean-Claude ne faisait courir aucun risque à la France.