— C’est bête, fit M. Luze en riant. Mais pourquoi pas ?…


Le lundi suivant, à dix heures, M. Luze enjamba le mur, puis se laissa délicatement couler à terre. Il connaissait ce beau jardin ; il y était déjà venu en plein jour. D’ailleurs, un clair de lune tendre et lumineux le guida comme un complice. Sans trop hésiter, il découvrit une prise d’eau, à l’extrémité d’une pelouse. Un tuyau de caoutchouc et une lance d’arrosage y étaient attachés. Il commença d’asperger un massif de bégonias, puis la pelouse même, qui semblait toute bleue sous la lune ; puis des iris panachés. Et une ombre s’avança vers lui, légère, ah ! si légère ! et toute blanche, à travers l’herbe, évitant les allées…

— C’est toi, mon amour ?

— C’est moi, ma joie !

— Alors, tu m’as entendu tout de suite ?

— Tout de suite ! J’en étais sûre : j’entends toujours, tous les volets fermés, quand c’est le jardinier qui arrose.

Et il fut Roméo, et elle fut Juliette, non pas jusqu’à l’aube, mais jusqu’à minuit. Puis Mme Barbier-Morel montra à M. Luze qu’en mettant une chaise contre la resserre du jardinier et en montant sur le toit de cette resserre il pouvait gagner la crête du mur sans se fatiguer. M. Luze lui fut sincèrement reconnaissant de cette attention.

Le lendemain, au cours de sa promenade matinale, M. Barbier-Morel constata, avec quelque surprise, que la moitié du jardin, la moitié seulement, à partir du mur du fond, semblait avoir été l’objet d’une pluie bienfaisante.

— Tiens, dit-il au jardinier, vous avez arrosé déjà, ce matin ?