C’était trop. Toute fausse honte m’abandonna, je pris la fuite. J’arrivai en courant donner contre un mur, et contre un employé, qui me dit :
— Monsieur désire ?
— Un savon, criai-je, un savon, un savon ! Ou plutôt je désirais un savon, mais j’y renonce. Je ne désire plus que m’en aller.
Je dois reconnaître que cet homme fut très poli.
— Eh bien, me dit-il sans insister, si vous voulez vous en aller, c’est par là !
Et il me montra la route, la longue route que je venais de parcourir. Je la repris donc, à l’envers. Et voilà maintenant ce qu’il y a de plus étonnant, de plus épouvantable. Je suis sûr, absolument sûr, d’avoir repris la même route. J’ai entendu les mêmes phonographes, j’ai revu les mêmes boas, les mêmes jupons, les mêmes pantalons, les mêmes potiches : et au bout de tout ça, il n’y avait plus d’escalier ! Il n’y avait plus rien, qu’une balustrade, un utile garde-fou au-dessus d’un abîme dont j’apercevais le fond ; un fond de gants, de cravates, de bicyclettes et de parapluies. Il y avait aussi un polichinelle, grandeur nature. Tout courage m’abandonna. Je m’assis dans une potiche.
Ce fut là que me découvrit un second employé, qui me demanda, avec la même impersonnelle courtoisie ce que je désirais. Je lui répondis :
— Depuis que je suis monté ici, on a enlevé l’escalier. J’attends qu’on le remette !
Il me contempla avec commisération et me conduisit à gauche, à un endroit exactement semblable à celui où je me trouvais, et où il y avait un escalier. C’est trop grand, je vous dis, et c’est trop pareil. Il n’y a pas moyen de s’y reconnaître. Et après tout, même maintenant, je ne suis pas bien sûr qu’on ne les enlève pas, les escaliers, toutes les dix minutes, pour vous forcer à rester là, et acheter des choses.