— Monsieur ne m’avait pas dit de lui dire…

— En effet. Je le regrette. Et la rivière de diamants ?

— Je suis bien été chez un bijoutier, répondit Félicie tristement. J’ai pas osé lui demander de me la donner pour rien, mais je l’ai questionné quelles réductions il faisait sur la marchandise à cause de la fin du monde. D’abord il a pas eu l’air de comprendre, et puis après il m’a conseillé de revenir le 1er avril.

— Alors, les cœurs sont toujours aussi endurcis ? Ça ne fait rien à personne, cette épouvantable menace suspendue sur nos têtes ?

— Si ! répliqua Félicie.

— Ah ! enfin ! Je savais bien…

— Rue Saint-Antoine, il y avait une vieille femme qui était saoûle, révérence parler, comme la bourrique à Robespierre. Parce que, qu’elle a dit si le monde finit à quatre heures, après personne n’aura plus soif. Mais, Monsieur, c’est une vieille femme que je la connais, et elle est saoûle comme ça quatre fois par semaine.


Le jour de la fin du monde m’aura donc coûté 366 francs, que je payerai : car il est, à l’heure où j’écris, quatre heures cinq minutes exactement, 17 décembre, et il m’est impossible de constater le moindre détraquement cosmique. Si vous voulez que je vous avoue ma pensée, je n’en suis pas absolument étonné. Mais je voulais espérer que mes contemporains y croiraient un peu plus : c’est la faillite de la science !

C’est la faillite de la science non point parce qu’un astronome qui, je le soupçonne, était astronome à peu près comme je suis géomètre — et alors je le plains ! — a fait une prédiction aventurée, mais parce que personne n’a daigné attacher la moindre foi à cette prédiction, qu’elle n’a ému personne. J’en conclus que la science, de nos jours, obtient beaucoup moins de créance que la Sainte-Ecriture il y a mille ans. Cela n’a pas encore remplacé ceci. Je ne sais s’il faut le regretter ou s’en applaudir, mais c’est un fait.