— Des témoins, répliquait le juge d’instruction, viendront vous dire qu’elle était fermée. Vous les entendrez. Ce serait vous, selon la prévention, qui l’auriez ouverte. Et alors, un mouvement d’impatience… et d’épaule… On ne calcule pas toujours ses gestes. Nous ne discutons pas en ce moment la préméditation. Avouez que vous avez poussé Mme Aristide sans le vouloir.
— Je n’avoue rien du tout, répondait M. Aristide.
Le lendemain M. Rasurel lui disait :
— On a trouvé chez vous, dans un tiroir de votre bureau, une correspondance assez compromettante. Vous aviez une amie…
— J’admets cette faiblesse, faisait M. Aristide, généreusement. Je ne crois pas qu’elle me soit tout à fait personnelle. Toutefois je me permettrai de vous faire observer qu’il ne s’agit pas ici d’une instance en divorce. D’ailleurs je suis veuf.
— C’est précisément ce que nous vous reprochons… Je dois ajouter que les perquisitions faites chez la personne dont il s’agit ont permis de découvrir vos réponses. Vous y laissez voir, à l’égard de votre femme légitime, des sentiments qui n’ont rien de particulièrement affectueux, vous y souhaitez l’heure de la délivrance, vous semblez prêt, même, à provoquer cette délivrance.
— On dit tant de choses ! se contentait de répliquer M. Aristide.
— Cela est grave, affirma M. Rasurel, cela est grave ! C’est une présomption…
— Monsieur le juge d’instruction, cria M. Aristide avec énergie, si l’on devait assassiner tous les hommes et toutes les femmes qu’on envoie tous les jours au diable, il n’y aurait bientôt plus personne sur la terre !
Cette réflexion parut forte. Il sembla que M. Rasurel en fût ébranlé. M. Aristide rentra dans sa cellule en se frottant les mains. Mais à l’interrogatoire suivant, il se trouva en présence d’un visage devenu subitement sévère.