— Cette personne a tout révélé ! déclara M. Rasurel.
— Vous dites ?… fit M. Aristide.
— Votre maîtresse a fait hier, après votre sortie de ce cabinet, la déposition la plus catégorique. Après… après l’événement, vous lui auriez avoué que vous n’y étiez pas pour rien, que vous aviez aidé la fatalité. Elle cite la date, l’heure, le lieu. Tout dans ses paroles crie la sincérité.
— Monsieur le juge d’instruction, répondit tranquillement M. Aristide, vous ne lisez donc pas les journaux ? Toutes les femmes maintenant prisent la cocaïne. Allez donc les croire !
Et telle fut désormais l’attitude de M. Aristide. Il n’ouvrit plus la bouche que pour maudire les dangereux poisons qui font perdre à nos contemporaines le sens du respect qu’on doit à la vérité. Des scènes violentes et dramatiques marquèrent les confrontations qu’il eut avec son ancienne amie. Mais il tint bon, sa défense fut héroïque. Parfois le juge d’instruction considérait à la dérobée son gardien, le municipal en uniforme : et cet homme avait l’air ému. L’âme d’un garde municipal est si semblable à celle d’un juré ! Il ne faut pas négliger les signes que fournit cette pierre de touche.
Mais M. Aristide, à l’instar de beaucoup de vaillants soldats, avait pris l’habitude de rayer chaque soir, sur son petit calendrier de poche, les jours qui s’écoulaient depuis son incarcération préventive. Un certain vendredi, il constata qu’il en était à son cent cinquante et unième.
— Je ne l’aurais jamais cru ! rêva-t-il. Mes affaires finiront par en souffrir. A quoi ai-je bien pu penser, mon Dieu, à quoi ai-je bien pu penser ? J’ai été stupide.
Douze heures plus tard, il proclamait, devant M. Rasurel :
— Eh bien, oui, j’ai jeté ma femme dans la cage de l’ascenseur ! Il y avait assez longtemps que j’en avais envie. J’aurais bien voulu vous y voir !… Vous allez m’interroger encore, creuser la préméditation ? Il y a eu préméditation : j’avais tout calculé, tout ! Et si vous en doutez encore, vous n’avez qu’à chercher dans un petit coin, chez moi, un petit coin que vos policiers n’ont pas découvert. On y trouvera une lettre que j’adressais à Madame, et que je n’ai pas envoyée. Elle ne vous laissera aucun doute, vous entendez bien, aucun doute !