M. Rasurel le considéra quelques instants avec stupeur.

— Je ne m’explique pas bien, dit-il d’un air soupçonneux, ce qui vous pousse à faire si brusquement une communication que vous avez évitée durant près de trois mois.

— J’ai réfléchi, monsieur le juge d’instruction, dit simplement M. Aristide. Vous me gardez indéfiniment parce que votre religion n’est pas éclairée : j’y perds ! Je veux aller devant le jury, moi, devant le jury parisien ! Et pour avoir assassiné ma femme ! Et pour l’avoir fait exprès ! Au moins, comme ça, je recouvrerai ma liberté tout de suite, on m’acquittera : on acquitte toujours ! Tandis qu’ici il n’y a plus de raisons pour que ça finisse !


Mais M. Rasurel le garda encore cinq semaines à sa disposition. Il procédait au classement du dossier avec une lenteur insupportable, revenait sur toutes les pièces, interrogeait de nouveau tous les témoins.

— Mais puisque j’avoue, monsieur le juge d’instruction, puisque j’avoue ! protestait M. Aristide.

— C’est précisément pour ça, finit par admettre M. Rasurel. Vous serez acquitté, vous l’avez dit, et tout me porte à le croire. Alors il n’y a que le moyen que j’emploie de vous faire accomplir un petit temps de prison.

— Ça, c’est injuste ! pleura M. Aristide.

LES ONZE DERNIERS

… Vers ce temps-là, Mme Sophie Dupont, considérant son mari, M. Dupont, avec une grande affection, lui demanda tendrement :